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Un journaliste stagiaire, ça se garde à vue

Adrien Morin est stagiaire au quotidien Le Monde. Envoyé à Montreuil (93) pour couvrir une manifestation contre les violences policières, il termine en garde à vue.

Le fait qu'il ait pu préciser aux forces de l'ordre qu'il était journaliste ? Ignoré :

« Ils m'ont attaché les mains dans le dos. J'ai répété à plusieurs reprises que j'étais journaliste, mais ils n'écoutaient pas. Dans le fourgon, il y avait trois policiers qui traitaient les deux manifestants interpellés avec moi de sales gauchos », dixit le journaliste sur Le Monde.fr (édition 14/07).

Quelle idée aussi d'envoyer un précaire couvrir une manifestation de précaires... Comment voulez-vous que la Police fasse la différence ?

En effet, les manifestants avaient initialement protesté le 8 juillet contre l'expulsion de plusieurs squatters qui occupaient une clinique désaffectée. Lors de celle-ci, Joachim Gatti avait été blessé gravement à l'oeil par un Flash-ball utilisé par les forces de l'ordre. D'où une nouvelle manifestation contre les violences policières avec la réception qu'on lui connait : Dominique Voynet dénonçait hier soir « une démonstration de force totalement inutile. »

UN JOURNALISTE SONNE LA RETRAITE

Mais peut-on faire réellement confiance à un stagiaire ? Des commentaires de lecteurs du Monde sont d'ailleurs proche du prix Albert Londres en s'interrogeant sur la crédibilité de ce témoignage :

Ricardo Uztarroz, journaliste retraité : « Est-ce que ce jeune stagiaire était-il en mesure de prouver sa qualité de journaliste? Il ne suffit pas de dire qu'on est journaliste pour l'être. Il y a peu la préfecture de police attribuait aux journalistes accrédités des brassards avec photo et n° carte pro. C'était une requête des syndicats pour ne pas être confondus avec les manifestants dits casseurs à l'époque. J'ai couvert d'innombrables manifs violentes (et conflits guerriers). La première précaution est de bien afficher sa qualité. »

Ah ces jeunes ! Pas précautionneux ! Et puis maintenant, la préfecture de police, elle attribue toujours quelque chose aux journalistes :

« Nous sommes arrivés au commissariat de Montreuil et nous avons été regroupés à onze dans une petite pièce de quatre ou cinq mètres carrés. Ils nous ont envoyés dans une salle de fouille où il y avait deux policiers : nous avons été déshabillés, caleçon sur les genoux, et fouillés, ils nous ont enlevé nos lacets et celui qui tenait mon pantalon de jogging et ils nous ont pris nos montres. J'ai redit que j'étais journaliste mais ils n'ont rien répondu. Nous avons été placés à cinq dans une salle de garde à vue avec deux caméras au plafond et des graffitis sur les murs peints avec du sang et des excréments. Il était sans doute 23 heures, nous n'avions rien mangé ni bu. Nous avons été transférés vers le dépôt de Bobigny, menottés dans le dos. J'ai redit que j'étais journaliste mais personne ne m'a répondu. » (Adrien Morin - Le Monde, 14/07)

LE PETIT GENTIL DU LOT

Et en plus, les policiers trouvent les journalistes gentils :

« Au dépôt, les policiers m'ont proposé de voir un avocat : j'ai rencontré Dominique Tricaud, dans une pièce à part, sans caméras, sans policiers. C'était la première fois que quelqu'un m'écoutait. J'ai ensuite été convoqué par un policier qui m'a dit : 'Si tu es le petit gentil du lot, ils ne vont pas te laisser partir comme ça.' Pendant l'interrogatoire, le policier disait que j'avais un casque lors de l'interpellation, ce qui était faux. J'ai vu une deuxième fois l'avocat, qui m'a dit qu'il avait fait son possible auprès du procureur et qui m'a un peu remonté le moral. Je suis sorti à 6 heures 30 du matin. » (Adrien Morin - Le Monde, 14/07)

Un autre lecteur du Monde lui répond en déposant ce commentaire :

Jacques F. : « Un journaliste, même stagiaire, ne doit-il pas avoir sur lui une carte de presse? Pourquoi n'en est il fait ici nulle mention ? Participer à une manifestation anarchiste ( "l'Etat tire dans le tas", c'est un slogan anarchiste), apparemment pas si pacifique que cela, expose naturellement à être interpellé par les agents de l'Etat. Dire et répéter qu'on est journaliste devrait suffire à éviter d'être interrogé ? Naïveté...ou complaisance »

RÉACTION(S)

Apparemment, la réaction a encore de beaux jours devant elle... On aurait préféré une réaction un peu plus forte du Monde qui est resté bien discret sur le sujet jusqu'à maintenant, malgré la mise en garde à vue de l'un de ses journalistes dans l'exercice de ses fonctions... pour rien.

A moins qu'un stagiaire n'ait pas droit aux mêmes égards qu'un rédacteur permanent ? Depuis quand peut-on mettre en garde à vue un journaliste qui réalise un reportage en France sans que cela ne fasse scandale ? Peut-être depuis que quelqu'un a déclaré : « Les journalistes, ce sont des nullards, il faut leur cracher à la gueule, il faut leur marcher dessus, les écraser. Ce sont des bandits. Et encore, les bandits, eux, ont une morale. »

Julien Coupat coupé par le site internet du Monde ?

coupat_mise_a_jour_2.jpgDans son édition du 26/05, Le Monde propose une interview de Julien Coupat, initialement soupçonné d’avoir participé au sabotage de plusieurs lignes SNCF et mis en examen le 15 novembre 2008 pour «terrorisme». A ce jour, malgré la légèreté du dossier et quatre demandes de remise en liberté, Coupat est toujours en prison. C’est d’ailleurs depuis derrière les barreaux, par écrit, que l’entretien a été réalisé par les deux journalistes Isabelle Mandraud et Caroline Monnot. Un échange très dense, rempli de références sociales et philosophiques, publié sous trois versions différentes : 1) la première raccourcie dans Le Monde « papier », selon le quotidien à cause du manque de place; 2) la seconde, initiale, sur le site internet du Monde, mise en place le 25/05 à 12h10, désormais consultable uniquement via la rubrique «les articles les plus commentés»; 3) la troisième, actualisée à 14h10, accessible via une recherche sur le site, le sujet ayant déjà disparu de la Une. Les versions en ligne portent toutes deux la mention «version intégrale». Pourtant, ce n’est pas le cas... Pour la dernière en date, un passage entier relatif à Michel Foucault et à son ouvrage «Surveiller et punir» a disparu (voir visuels - lire la suite). Voilà qui est gênant : seule cette version durera, notamment dans les archives réservées aux abonnés, mais aussi pour tout autre visiteur du site. VOIR MISE A JOUR (fin article / lire la suite)

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