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Dray a raison, l'équipe black-blanc-beur est très proche de nous

foot.PNGPour Maurice Szafran de Marianne, la sortie de Julien Dray sur l'équipe de France est une erreur «dangereuse». Le député de l'Essonne se prononçait pour la défense du symbole France 1998, victoire d'un groupe qualifié alors de « black-blanc-beur ». Pour le journaliste, curieusement, Dray aggraverait ainsi le « communautarisme ». Le philosophe Alain Finkielkraut va plus loin en expliquant (à nouveau) la débâcle des Bleus par un problème « ethnico-communautaire ». Peut-on être d'un autre avis ?

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Lorsque le foot agite la blogosphère

Faire des articles en voulant démontrer des théories sociales avant de se baser sur les faits, c'est toujours casse-gueule. Lorsqu'en plus on mélange football, politique, discrimination intellectuelle et « tension ethnico-communautaire », le résultat mérite le carton rouge...

Yohann Gourcuff est joueur en équipe de France. Selon le blogueur David Desgouilles, le milieu de terrain aurait été mis à l'écart du groupe à cause de sa trop « bonne éducation » et de sa dévotion au sens collectif.

En résumé, Gourcuff serait considéré comme un « bouffon » par certains de ses partenaires plus individualistes comme Anelka ou Ribéry, ce dernier se prenant même pour un « caïd ».

Sa source ? « En discutant de l’affaire Anelka-Ribéry vs Gourcuff avec un collègue, celui-ci m’a dit ce matin  qu’il avait entendu à la radio que Ribéry se conduisait avec le joueur bordelais comme un caïd de collège. »

On ne donnera pas le nom du collègue. Dans le journalisme, la protection des sources, c'est sacré.

DRIBBLER LE SENS COLLECTIF

Loin de s'arrêter là, le collaborateur du site Causeur.fr se lance dans l'analyse sociétale de fond. Pour ce faire, quoi de mieux que de s'appuyer sur un texte de Natacha Polony ?

Celui-ci tente de montrer que les pauvres petits élèves doués et bien élevés sont toujours mis sur la touche par des indélicats égoïstes qui ne pensent pas à servir le sens du collectif...

Faire le rapprochement entre le fonctionnement d'une équipe de foot et l'éducation nationale pour finalement y trouver un élément « symptomatique d’une époque », fallait oser. Desgouilles l'a fait.

Le blogueur évite néanmoins la stricte évocation d'un différent ethnico-religieux entre joueurs (« Je n'y crois pas », dit-il). Mais rappelle tout de même au passage (supplément gratuit) que Ribéry est « blanc », « converti à l'Islam, tout comme Anelka » dont la pratique n'est « pas très zélée ». Oui, cela n'a rien à voir, mais quand-même, on se demande bien quel aurait été son comportement si elle l'avait été, « zélée »... Sous-entendu involontaire, sûrement.

MAUVAIS REBOND

L'idée est peut-être même tellement « sous-entendue » qu'elle rebondit dans certains commentaires.

Le blogueur Malakine intervient en s'adressant à Desgouilles : « J’aimerais être aussi sûr que toi que cette éviction ne cache pas une tension ethnico-communautaire. A voir la proportion de blacks dans l’équipe type de Domenech, on est en droit de se poser la question… »

Si l'analyse suivante de Malakine sur le sens du collectif français est pertinente (à l'image de ce qui est publié sur son blog), on peut être peu d'accord avec ce point de vue ethnique et être sidéré par l'ensemble des hypothèses faites sur l'équipe de France, censées déboucher sur des faits de société symboliques, témoins de généralités.

Pourquoi ?

  • D'abord, nul ne connaît à cette heure la composition de l'équipe de France. Voilà qui rend difficile tout raisonnement de fond. Surtout si Gourcuff joue ce soir.


  • Ensuite, croire que les actuels joueurs de l'équipe de France décident eux-mêmes des titulaires revient à profondément méconnaître Raymond Domenech et le fonctionnement du staff français. C'est aussi très contradictoire : si les joueurs sont des égoïstes-caïds-écervelés et décident de l'équipe, comment ces petits génies auraient-ils réussi à se qualifier pour la Coupe du monde et a réaliser un élégant 0-0 contre une Uruguay au tournoi prometteur ?


  • Jamais David Desgouilles n'émet l'hypothèse que Gourcuff pourrait être non titulaire à cause de ses 40 tentatives ratées de tirs lointains lors des derniers matchs de l'équipe de France. Un seul coup franc a su être dangereux, visant la pleine lucarne, cependant arrêté par le gardien adverse. Gourcuff a beaucoup tenté. Il a raison. Mais mieux vaut réussir. Parce que ce comportement, justement tient plus de l'individualisme que d'une volonté de participer au collectif... Encore une contradiction dans le raisonnement qui présente le joueur comme une victime. Ceci constitue une explication sportive très claire. Enfin... Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?


  • A force de faire compliqué, on finit par aboutir à des étrangetés... Qui se pose la question aux États-Unis de la proportion des joueurs qualifiés de noirs en équipe de basket-ball ? Personne. La Dream Team se compose des meilleurs, point barre. C'est pareil en équipe de France. Le sélectionneur prend des joueurs de nationalité française parce qu'ils présentent les meilleures qualités techniques et physiques. Pourquoi s'acharner, à l'instar de notre brave philosophe Finkie, à trouver cela dérangeant ? Le blogueur Malakine se place dans cette lignée. A quoi cela sert-il sinon à exacerber des tensions ? Qu'on le veuille ou non, l'équipe de France dans l'état de sa composition a gagné la Coupe du monde 1998, l'Euro 2000, a été vice-championne mondiale en 2006 et s'est qualifiée pour la première fois 3 fois de suite à une compétition internationale majeure. Elle fonctionne. Voilà un fait. Il faudra s'y faire. Est-ce faire preuve de naïveté ? Non, c'est surtout ne pas inventer de problème ou de légende.


  • Enfin s'il faut aborder la question de l'éducation et de la politesse, on voit bien les réflexes qui reviennent dans l'évocation des élèves caïds contre les gentils garçons bien élevés. On sait d'où cela vient, avec une vision particulière de la banlieue par rapport à la province (ce point ne sera pas développé ici). Le problème, c'est que dans le football, toutes les formations et enseignements suivis sont faibles. Les joueurs sont tous tristement en difficulté. Gourcuff y compris. Circonstances atténuantes : il est bien complexe de faire de longues études en s'entraînant cinq heures par jour. Rien ne les empêchent par la suite d'avoir bon comportement ou de progresser, bien heureusement cela est possible sans diplôme. Thuram est cité comme une exemple qui n'existe plus. Mais qu'en savons-nous ? Qui s'intéressait à la moralité de Thuram lorsqu'il était jeune ? Les convictions viennent après. Et pourquoi ne pas parler de l'évolution de joueurs comme Lizarazu ou Leboeuf, tous attachés à multiplier les contrats de consultants, VIP de sites de poker, VIP de l'industrie pharmaceutique, commentateurs, etc ? Serait-ce mieux que de se prendre pour un caïd et d'avoir un comportement juste copié-collé sur le bling-bling sarkozyste (regarde ma grosse montre, regarde ma belle femme) ?

Il y a des dérives qui choquent moins que d'autres.

Et surtout, allez la France !

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