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Payer pour cet Équipe ? Jamais !

Retour sur le billet « Lorsque le foot agite la blogosphère » et la dernière sortie médiatique sur les Bleus.

Nicolas Anelka aurait gravement insulté son entraîneur. Le joueur dément : « Je tiens à préciser que les mots qui sont sortis dans la presse ne sont pas mes mots. » Pour le moment, seuls ceux qui étaient dans le vestiaire à la mi-temps du match France-Mexique connaissent avec précision la teneur de l'attaque. Une salve si forte qu'elle est impossible à retranscrire ici.

Par rapport aux récentes tensions au sein du groupe, la réalité de cet échange verbal déplacé entre Domenech et le bien triste attaquant de l'Équipe de France est probable. Mais l'information livrée aux médias proviendrait d'un autre joueur, voire d'un encadrant du groupe. Une personne qui ne mérite sans doute pas le qualificatif exprimé par le capitaine Patrice Evra (« C'est ce traître qu'il faut éliminer »), mais qui interroge.

DE L'UTILITÉ DISCUTABLE D'UNE TAUPE

Voici une personne payée pour jouer en sélection ou pour s'occuper de l'entraînement qui dribble contre son camp. Notamment en livrant les petits secrets de son entourage à un quotidien national. Au-delà de la vérification de l'information (on est plus là dans ce temple journalistique qu'est l'Équipe), il est évident que l'épisode d'hier n'était pas le premier. On sait maintenant d'où venaient les étranges révélations au « cœur de l'action » qui étaient égrainées depuis quelques mois...

Avoir tel élément dans son équipe aide-t-il à solutionner les nombreux et ahurissants dysfonctionnements internes ? Certainement pas. Peut-on espérer que des problèmes soient réglés si à chaque fois tout se sait dans la presse ? Non plus.

Vu la catastrophique organisation du groupe France, accuser un seul « élément perturbateur » de l'ensemble des suffisances diverses et variées du système serait hypocrite. Cependant, on peut se poser des questions sur la légitimité d'utiliser telles révélations en sous-marin : le sujet ne relève pas encore des intérêts supérieurs de la nation; pourquoi; à quoi cela sert-il ? Certains évoquent le « devoir de vérité aux Français ». Qu'on leur dise déjà la vérité sur le coût du maintien du paquet fiscal alors que l'âge du départ à la retraite est repoussé...

L'ÉQUIPE, CE TABLOÏD

Les responsables éditoriaux de l'Équipe ne se sont posé aucune question. Entre guillemets, l'insulte inqualifiable s'est retrouvée à la Une du quotidien. Ni censure (présente pourtant sur le site Internet avec la présence de "..."). Pas d'explication si ce n'est un photomontage délirant faisant encore un peu plus la publicité pour des petites haines vaines au sein de problèmes de riches dans le cadre d'un sport nommé football.

Cette Une, chacun a pu la croiser à la librairie du village, au détour du Relay d'une gare parisienne. Des enfants tomberont dessus (les plus cyniques diront qu'ils ne sont plus à cela près). Tout ça pour la simple nécessité de vendre du papier et profiter jusqu'à épuisement de la ridicule déroute de l'équipe de France.

Une équipe sans problème vendrait moins de papier. Les ventes exploseraient en cas de victoire en finale. Mais l'Équipe de France de football ne peut pas gagner tous les quatre ans la coupe du Monde. Alors autant exploiter ses failles. Les joueurs sont moyens, bébêtes ? Ils doivent être imbuvables, haïssables. Les joueurs qui perdent s'énervent toujours entre eux ? Il faut trouver des raisons, diviser, parfois même en évoquant le pire : des différences « ethnico-communautaires » ou « d'éducation » à chaque fois lourdes de clichés.

Ceux qui n'ont pas la mémoire courte repenseront à l'épisode 1998. Le journal avait critiqué jusqu'à la démesure Aimé Jacquet et la qualité comme l'attitude des joueurs. Plus tard, l'histoire lui avait donné tort. Cette fois, le porte-monnaie lui donne raison. L'Équipe, pour voir son modèle économique prospérer, joue donc contre la sélection française, quoi qu'il arrive. Et ne fait plus du journalisme. Mais donne dans le pire du tabloïd.

Ceux qui ont la mémoire non sélective se souviendront aussi de l'altercation passée d'un journaliste du quotidien avec Nicolas Anelka (au moment de la pression médiatique qui était infligée à ce dernier, jeune joueur du PSG). Selon Luis Fernandez (France 2 - On est pas couché), l'un des auteurs du papier était le journaliste concerné. Règlement de comptes ?

ANELKA EST-IL REPRÉSENTATIF D'AUTRE CHOSE QUE DE LUI-MÊME ?

Doit-on brûler Anelka ? Serait-il représentatif d'une « population qui se moque du respect » ? On attend alors de comprendre comment le joueur a pu rester en contrat à Chelsea, multiplier les performances avec ses partenaires issus de tous milieux et de tous niveaux sans péter les plombs toutes les semaines.

Le fait est qu'Anelka a exprimé son impuissance à marquer, son impuissance à suivre un schéma tactique (il ne sait pas produire ce style de jeu) de la pire des manières possibles. Cela ne l'excuse pas. Difficile de soutenir des idées lorsque ceux qui sont censés en être les porte-étendards se laissent aller à un comportement si médiocre. Issus du système fric, ils en deviennent incapables. Système fric qui les récupère pour les publicités (chips ou restauration rapide pour Anelka), mais aussi dans le mécanisme de destruction des symboles populaires représentant une unité collective. Le bûcher ne pourra être allumé que par le feu provoqué par la loupe médiatique. Elle donne l'interprétation qu'elle souhaite à ce néant sportif et financier.

REBONDS

Suite au billet intitulé « Lorsque le foot agite la blogosphère » qui argumentait à l'opposé d'un article de David Desgouilles repris sur Causeur.fr, son auteur a publié ce commentaire :

''« Cher collègue blogueur, Je vous conseille aimablement la lecture du journal "L'Equipe" de ce jour. Bien à vous »''

Et donc ? Que démontre l'Équipe ? Avant tout sa propre vacuité.

Il est hors de question de payer pour un journal qui ose exposer un titre aussi vulgaire, ridicule, pour attiser une polémique construite autour de la division, des tensions non basées sur les faits, avec une étrange interprétation politique qui semble vouloir condamner une bonne fois pour toute la possibilité d'un multiculturalisme victorieux au sein d'une équipe populaire.

Aimablement, il n'est pas souhaitable de soutenir telle presse en dépensant son argent. Les derniers mois n'auront été pour ce titre qu'une suite de tentatives pour dégrader l'image de l'équipe de France. Les sous-marins ont lancé les torpilles. La « taupe » y a participé dans un éclat final. Même Zidane est cité actif « dans l'ombre ». Les symboles ont été manipulés. Avec talent. Victorieusement.

Lorsque le foot agite la blogosphère

Faire des articles en voulant démontrer des théories sociales avant de se baser sur les faits, c'est toujours casse-gueule. Lorsqu'en plus on mélange football, politique, discrimination intellectuelle et « tension ethnico-communautaire », le résultat mérite le carton rouge...

Yohann Gourcuff est joueur en équipe de France. Selon le blogueur David Desgouilles, le milieu de terrain aurait été mis à l'écart du groupe à cause de sa trop « bonne éducation » et de sa dévotion au sens collectif.

En résumé, Gourcuff serait considéré comme un « bouffon » par certains de ses partenaires plus individualistes comme Anelka ou Ribéry, ce dernier se prenant même pour un « caïd ».

Sa source ? « En discutant de l’affaire Anelka-Ribéry vs Gourcuff avec un collègue, celui-ci m’a dit ce matin  qu’il avait entendu à la radio que Ribéry se conduisait avec le joueur bordelais comme un caïd de collège. »

On ne donnera pas le nom du collègue. Dans le journalisme, la protection des sources, c'est sacré.

DRIBBLER LE SENS COLLECTIF

Loin de s'arrêter là, le collaborateur du site Causeur.fr se lance dans l'analyse sociétale de fond. Pour ce faire, quoi de mieux que de s'appuyer sur un texte de Natacha Polony ?

Celui-ci tente de montrer que les pauvres petits élèves doués et bien élevés sont toujours mis sur la touche par des indélicats égoïstes qui ne pensent pas à servir le sens du collectif...

Faire le rapprochement entre le fonctionnement d'une équipe de foot et l'éducation nationale pour finalement y trouver un élément « symptomatique d’une époque », fallait oser. Desgouilles l'a fait.

Le blogueur évite néanmoins la stricte évocation d'un différent ethnico-religieux entre joueurs (« Je n'y crois pas », dit-il). Mais rappelle tout de même au passage (supplément gratuit) que Ribéry est « blanc », « converti à l'Islam, tout comme Anelka » dont la pratique n'est « pas très zélée ». Oui, cela n'a rien à voir, mais quand-même, on se demande bien quel aurait été son comportement si elle l'avait été, « zélée »... Sous-entendu involontaire, sûrement.

MAUVAIS REBOND

L'idée est peut-être même tellement « sous-entendue » qu'elle rebondit dans certains commentaires.

Le blogueur Malakine intervient en s'adressant à Desgouilles : « J’aimerais être aussi sûr que toi que cette éviction ne cache pas une tension ethnico-communautaire. A voir la proportion de blacks dans l’équipe type de Domenech, on est en droit de se poser la question… »

Si l'analyse suivante de Malakine sur le sens du collectif français est pertinente (à l'image de ce qui est publié sur son blog), on peut être peu d'accord avec ce point de vue ethnique et être sidéré par l'ensemble des hypothèses faites sur l'équipe de France, censées déboucher sur des faits de société symboliques, témoins de généralités.

Pourquoi ?

  • D'abord, nul ne connaît à cette heure la composition de l'équipe de France. Voilà qui rend difficile tout raisonnement de fond. Surtout si Gourcuff joue ce soir.


  • Ensuite, croire que les actuels joueurs de l'équipe de France décident eux-mêmes des titulaires revient à profondément méconnaître Raymond Domenech et le fonctionnement du staff français. C'est aussi très contradictoire : si les joueurs sont des égoïstes-caïds-écervelés et décident de l'équipe, comment ces petits génies auraient-ils réussi à se qualifier pour la Coupe du monde et a réaliser un élégant 0-0 contre une Uruguay au tournoi prometteur ?


  • Jamais David Desgouilles n'émet l'hypothèse que Gourcuff pourrait être non titulaire à cause de ses 40 tentatives ratées de tirs lointains lors des derniers matchs de l'équipe de France. Un seul coup franc a su être dangereux, visant la pleine lucarne, cependant arrêté par le gardien adverse. Gourcuff a beaucoup tenté. Il a raison. Mais mieux vaut réussir. Parce que ce comportement, justement tient plus de l'individualisme que d'une volonté de participer au collectif... Encore une contradiction dans le raisonnement qui présente le joueur comme une victime. Ceci constitue une explication sportive très claire. Enfin... Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?


  • A force de faire compliqué, on finit par aboutir à des étrangetés... Qui se pose la question aux États-Unis de la proportion des joueurs qualifiés de noirs en équipe de basket-ball ? Personne. La Dream Team se compose des meilleurs, point barre. C'est pareil en équipe de France. Le sélectionneur prend des joueurs de nationalité française parce qu'ils présentent les meilleures qualités techniques et physiques. Pourquoi s'acharner, à l'instar de notre brave philosophe Finkie, à trouver cela dérangeant ? Le blogueur Malakine se place dans cette lignée. A quoi cela sert-il sinon à exacerber des tensions ? Qu'on le veuille ou non, l'équipe de France dans l'état de sa composition a gagné la Coupe du monde 1998, l'Euro 2000, a été vice-championne mondiale en 2006 et s'est qualifiée pour la première fois 3 fois de suite à une compétition internationale majeure. Elle fonctionne. Voilà un fait. Il faudra s'y faire. Est-ce faire preuve de naïveté ? Non, c'est surtout ne pas inventer de problème ou de légende.


  • Enfin s'il faut aborder la question de l'éducation et de la politesse, on voit bien les réflexes qui reviennent dans l'évocation des élèves caïds contre les gentils garçons bien élevés. On sait d'où cela vient, avec une vision particulière de la banlieue par rapport à la province (ce point ne sera pas développé ici). Le problème, c'est que dans le football, toutes les formations et enseignements suivis sont faibles. Les joueurs sont tous tristement en difficulté. Gourcuff y compris. Circonstances atténuantes : il est bien complexe de faire de longues études en s'entraînant cinq heures par jour. Rien ne les empêchent par la suite d'avoir bon comportement ou de progresser, bien heureusement cela est possible sans diplôme. Thuram est cité comme une exemple qui n'existe plus. Mais qu'en savons-nous ? Qui s'intéressait à la moralité de Thuram lorsqu'il était jeune ? Les convictions viennent après. Et pourquoi ne pas parler de l'évolution de joueurs comme Lizarazu ou Leboeuf, tous attachés à multiplier les contrats de consultants, VIP de sites de poker, VIP de l'industrie pharmaceutique, commentateurs, etc ? Serait-ce mieux que de se prendre pour un caïd et d'avoir un comportement juste copié-collé sur le bling-bling sarkozyste (regarde ma grosse montre, regarde ma belle femme) ?

Il y a des dérives qui choquent moins que d'autres.

Et surtout, allez la France !

Bixente Lizarazu est-il journaliste ou lobbyiste ?

Commentateur sur RTL, Bixente Lizarazu a joué le trouble-fête au moment de la qualification de l’équipe de France de football au Mondial 2010. L’ancien arrière gauche devenu journaliste a vertement critiqué la prestation des Bleus, visant celle de leur entraîneur. Il est vrai que Domenech ne fait pas partie du « Club 98 ». Certains anciens joueurs champions du monde rêvaient de le voir chuter depuis le début des éliminatoires. Malgré une longue campagne de dénigrement dans la presse, toujours pas de postes à pourvoir pour eux : Raymond a tenu bon. Comme Jacquet en son temps.

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