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Déserts médicaux : et si on allait se soigner chez le véto ?

Une élue socialiste vient de proposer le recours aux vétérinaires pour résoudre le problème des déserts médicaux. Optimisation à tout crin (de cheval), quand tu nous tiens...

Françoise Tenenbaum est une femme engagée. Adjointe au maire de Dijon et vice-présidente du Conseil régional de Bourgogne, son action est spécialisée dans le domaine de la santé. L'élue PS a été notamment en charge de l'implantation de maisons de santé dans son département, a défendu l'aide aux transports pour les personnes handicapées en perte d'autonomie pour se rendre aux consultations médicales et promeut l'utilisation de dispositifs de télésanté.

COMMUNICATION SOUFFRANTE

Cette apparente maîtrise du dossier ne semble pas s'étendre à des compétences en communication. « J'ai réfléchi à la problématique dans laquelle nous sommes, notamment en Bourgogne où il y a des déserts médicaux, et je me suis rendue compte qu'il y avait de vrais médecins dans les territoires, ce sont les vétérinaires, qui peuvent intervenir en urgence », déclare-t-elle à l'AFP.

Une troublante proposition de recourir aux vétos pour palier au manque des toubibs en rase campagne, qui avait déjà été formulée dans Les Echos : « Il faudrait définir une passerelle de formation et cadrer la mission de ces vétérinaires. Surtout, ce ne serait pas à la place du médecin, mais en l'attendant ».

Être un malade accompagné comme un frêle poulain qui vient de naître, avant de voir un vrai docteur arriver, nous voilà bien rassurés ! Mais cela n'empêchera pas les Français de se sentir être quelque peu considérés comme des veaux.

C'EST UNE BLAGUE ?

Faut-il s'amuser de cette déclaration qui, en l'état, n'a aucune chance d'être favorablement reçue par l'opinion publique ? Manque-t-il une bonne dose de « pédagogie », ritournelle qui accompagne généralement les réformes antisociales, pour faire passer la pilule ? N'est-ce là qu'une ruse de la principale intéressée, afin de lancer un débat capable de capter les médias ?

La « désertification médicale » est un problème complexe, à la croisée de plusieurs questions tortueuses : celle de la fonte des budgets de la santé publique (accélérée par le gouvernement en place), de la gestion du « numerus clausus » qui régule la formation des futurs généralistes, du manque d'attrait de la discipline générale pour des étudiants à qui l'on voudrait réclamer un « retour sur investissement » (non exigé, par exemple, aux normaliens salariés), de la mise en concurrence vaine et dommageable entre une médecine mutualiste (qui rendrait service dans certains territoires abandonnés bien au-delà du seul domaine de la santé) et une médecine libérale (dont l’État ne sait plus en valoriser l'attrait). En résumé, un sujet qui mérite tout sauf une polémique digne de la mare aux canards.

LOGIQUE ET IDÉOLOGIE

Au-delà des déclarations provocantes de Françoise Tenenbaum, pointe une contradiction idéologique inquiétante. Dans ses engagements, consultables sur son site internet personnel, on peut lire :

«  La maîtrise des dépenses et de l’endettement guidera notre gestion. L’ensemble de nos décisions en respect d’un développement durable s’appuieront sur les valeurs de justice, de progrès, d’égalité et de solidarité. » 

« Il est impératif d’agir pour que le Conseil général assume sa responsabilité financière concernant cette solidarité, mais aussi pour que l’ensemble des partenaires puisse apporter des réponses innovantes. Il faut tout mettre en œuvre pour assurer l’autonomie des personnes âgées et leur donner le 'pouvoir de rester chez soi' ».

Or, avant de se poser la question si l'on peut faire des économies en appelant à la rescousse des vétérinaires, comme s'il s'agissait d'une solution pérenne, humaine, adaptée et même réalisable (inutile de reprendre l'ensemble des professionnels des deux bords qui ont immédiatement crié au scandale face à cette ineptie), il faudrait peut-être revenir à ses fondamentaux, surtout quand on se veut de gauche.

Peut-on concilier optimisation, économie, gestion et santé pour tous ? Au nom de quoi l'innovation devrait-elle forcément aller dans le sens d'une dégradation du service public ou vers des trouvailles ridicules dignes du Moyen Âge ? Et encore, au Moyen Âge, on se donnait les moyens de construire de magnifiques cathédrales. Aujourd'hui, les CHU bien équipés manquent.

Françoise Tenenbaum paraît sincèrement tenir à sa tâche. Sans aucun doute militante, elle désire lutter contre la destruction du tissu social de nos provinces menée par la droite. Mais alors pourquoi devrait-elle adopter les réflexes gestionnaires de ses adversaires ? Il y a de quoi devenir chèvre.

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