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Arnaud Montebourg, ses idées, ses rêves, sa méthode

Paris, rue du Temple, une journée ensoleillée d'automne. À l'heure du déjeuner, les couverts crépitent. Un homme sort lentement d'une brasserie dans un impeccable imperméable blanc-cassé. Son téléphone portable en main, avec son kit main-libre rivé à l'oreille, Arnaud Montebourg s'exclame : « Mais les Français n'y comprendraient rien ! ». À la situation actuelle du Parti Socialiste ? Un passant qui essaye de le dépasser - par la gauche, bien sûr, à droite, c'est le mur - n'en saura pas plus. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir un Black Berry sur écoute.

Après son putsch individuel raté contre Ségolène Royal, qui a su prendre la forme d'une exécution politique très réussie pour le compte de la bande à François Hollande, l'élu de Saône-et-Loire revêt à nouveau ses habits de Chevalier blanc du PS. Avant la primaire, le justicier montebourgeois avait frappé dans les bas-fonds de Marseille pour dépouiller Jean-Noël Guérini de toute légitimité publique. Cette fois, avant la présidentielle, sa nouvelle cible est le député du Pas-de-Calais Jean-Pierre Kucheida. Le timing des super-héros est toujours une surprise.

MANI PULITE

Si dans le premier cas, une mise en examen permettra à la justice de trancher dans une affaire de prise illégale d'intérêt, de trafic d'influence et d'association de malfaiteurs, le second électrochoc se limite pour le moment à une (forte) suspicion.

Certes, une enquête préliminaire sur le financement de la fédération PS du Pas-de-Calais a été lancée début décembre à la PJ de Lille.

Certes, l'ancien Gérard Dalongeville, lui-même mis en examen pour détournement de fonds publics, a cité parmi d'autres le nom du maire de Liévin, qui aurait bénéficié de pots de vin de la part d'entreprise de la région en échange de l'attribution de marchés publics.

Mais, outre le nécessaire respect pour la présomption d'innocence difficile à maintenir dans cette situation, les informations de Montebourg, qui devaient initialement rester cantonnées à un courrier adressé à la première secrétaire du Parti Socialiste, ont le désavantage de promettre une opération « mani pulite » dont le grand public ne peut jauger l'étendue véritable et l'aspect fondé que par la rumeur, les attaques partisanes adverses ou les tenants du « tous pourris ». Pas pratique à l'approche d'un scrutin qui s'annonce être le plus important pour la gauche depuis 1981 !

EGO

Pour autant, peut-on en vouloir à Super Arnaud de vouloir faire le bien ? Quelques éditorialistes, commentateurs ou personnalités du Parti Socialiste semblent le croire. La jouerait-il trop perso ? Martine Aubry s'agace publiquement (et volontairement) d'un comportement « égoïste » et peste contre une posture considérée comme « solitaire ».

Pourtant, l'affaire Guérini prendra des années à être traitée. Et dans l'hypothèse d'une instruction menée dans le cas Kucheida, le délai ne serait pas plus court. Autrement dit, il n'existe pas de bons moments pour laver le linge sale en famille. Reste la manière de présenter aux Français une volonté politique de changer radicalement, afin que ceux-ci « comprennent » ce qui se passe.

L'état major socialiste, au lieu de s'apitoyer sur la (provisoire ?) non-reconduction de la candidature de Jack Lang aux législatives à cause de ce tremblement de terre nordiste, aurait dû transmettre un tout autre message au travers des médias qu'une crise de nerf interne : 1) l'époque a changé ; 2) ne pensons plus aux tambouilles électoralistes pour attendre de faire le ménage ; 3) préoccupez-vous de savoir si le camp d'en face fait de même. Entre les affaires Gaubert, Karachi, Donnedieu de Vabres, il y a en effet de quoi faire...

Des éléments de langage simples qui auraient pu rassembler non pas autour d'une seule personne dans une polémique stérile, mais bien autour de principes communs de moralité. Hélas ! La page des vieilles amitiés paraît être lourde à tourner. Ainsi naît la légende du Chevalier Arnaud, d'un manque d'envie partagée de bousculer les archaïsmes pour afficher la défense réelle de l'intérêt commun.

SOLITUDE

Une triste légende : Montebourg a-t-il fait le bon choix politique pour servir ses convictions ? Porte-parole de Ségolène Royal en 2007, il avait présenté François Hollande comme « seul défaut » de l'ancienne candidate à la présidentielle.

Or, cette dernière, plus libre que son ex-compagnon, parfois même fantasque, pouvait faire preuve d'audace par rapport à son propre Parti. Une audace qui aurait pu devenir une carte maîtresse dans la réalisation d'un projet novateur, marqué plus au gauche, revendiqué par le député de Saône-et-Loire.

Ce dernier est aujourd'hui coincé derrière un candidat qui fait une priorité de la gestion des déficits sans remettre en cause « le cadre économique » européen. Un cadre qui fait systématiquement payer la dette aux classes les plus défavorisées, autre nom des classes moyennes.

Montebourg a effacé sans ménagement Royal en lui prenant sa substance rénovatrice, l'empêchant clairement de se renouveler elle-même devant les Français. La présidente de la Région Poitou-Charentes ne l'aura pas compris, autant diminuée en 2011 que soutenue en 2007 par les médias.

Le député de Saône-et-Loire pourrait-il se voir privé de sa substance progressiste dans un gouvernement de gauche ? Absent de l'équipe de campagne de Hollande, Arnaud Montebourg n'a peut-être pas compris qu'il risque d'attendre encore longtemps pour prendre les commandes. Ou aurait-il consciemment renoncé à « ses idées et ses rêves » pour viser un noble ministère comme celui de la Justice ? Il y a des justiciers solitaires.

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