polémiques.info

We're not journalists. We just have internet access.

Tu sais pas.

Laissons Guillon prendre la Porte

guillonn.PNGTous deux humoristes sur France Inter, Stéphane Guillon et Didier Porte vont être privés de chronique. Le directeur de radio Jean-Luc Hees - nommé par Nicolas Sarkozy - justifie ainsi leurs licenciements : « L'humour ne doit pas être confisqué par de petits tyrans ». Il a raison. Au fond, il n'y a pas à regretter ces mises à l'écart.

Débarqué de France Inter pour ses attaques acérées contre quelques personnalités au pouvoir, Stéphane Guillon avait jusqu'à cette saison sauvé sa tête grâce à deux appuis en béton armé : son audimat et les ressources financières qui en découlent ; la reconnaissance des intellectuels bobos de gôche qui se marrent de ses clowneries. L'ensemble rendait difficile son licenciement devant l'opinion publique. Le béton armé devait être malade, cela n'a pas suffit.

TEXTES VIOLENTS

Pour autant, de l'humoriste, chaque jour, qu'entendions-nous ? Des attaques violentes ad hominem, parfois gratuites, voire vulgaires ou pas drôles. Tout le monde ne peut pas être le nouveau Desproges et pratiquer avec élégance un humour de velours trempé dans l'acide chlorhydrique. Tout le monde ne peut pas être le nouveau Coluche pour passer avec la banane des vérités politiques vraiment dérangeantes.

Guillon balançait sur un directeur du FMI coureur, sur un Besson « au regard de fouine » ou sur un président « nain »... Se focaliser sur le physique, voilà qui est un peu court.

Certes, ceux qui aiment applaudissent. Quelle joie pour eux d'entendre remettre à leur place ces dirigeants méprisants, ces puissants hautains. Quelle joie d'avoir une poignée de minutes par jour une bouffée d'oxygène dans un horizon médiatique complètement sous contrôle.

Des médias dirigés dans leur quasi totalité par de grands groupes privés et industriels dont l'objectivité est désormais un concept qui, lui, fait rire.

LIBERTÉ D'EXPRESSION DE QUOI ?

Laisser une possibilité de respirer au milieu de l'irrespirable, est-ce vraiment une bonne chose ? Se sentir artificiellement représenté, s'en gausser, c'est juste admettre une forme d'impuissance. Aimer un vain succédané qui empêche une véritable prise de conscience plus profonde.

Les bien-pensants de gôche hurlent à la défense de la liberté d'expression. Peut-être devraient-ils comprendre que Guillon n'est qu'un gentil guignol qui tape si violemment fort sur les méchants de droite en les caricaturant qu'ils en deviennent estimables.

Or, l'électeur de droite, qui aurait en ce moment toutes les raisons d'être déçu de son vote, ne peut que se braquer devant des chroniques aussi maladroitement engagées et des discours aussi pompiers.

On préférerait que ce citoyen-là, sur une radio du service public, puisse écouter d'authentiques débats, issus de rédactions équilibrées, capables de faire évoluer de manière démocratique leurs positions, y compris au sein de leur propre camp.

La raréfaction d'émissions et de journalistes de qualité, y compris sur le service public, est bien plus grave que l'éviction de Guillon. Ce dernier s'en préoccupe-t-il ? Dans sa dernière chronique, il lance : « (…) Changement de grille à France inter, tout doit disparaître ! Grand lifting de la rentrée, émissions emblématiques à la trappe, journalistes sur la touche, rédacteurs en chef remplacés mais surtout liquidation totales des humoristes. »

Tout est dans le « surtout ». Oui, des émissions disparaissent, des journalistes aussi, mais surtout, le symbole des humoristes que l'on vire, autrement dit «  Moi, centre du monde ».

DÉSERT DE LA DÉSOLATION

Mais l'humoriste qui se prétend engagé ou critique n'est rien s'il est seul. Stéphane Guillon sur France Inter l'était. La station ne conserve guère que l'émission Là-Bas si j'y suis pour proposer des reportages d'investigation de qualité. Une émission déjà déplacée à un horaire de moindre écoute, à 15 heures, tous les jours. Qui peut elle-aussi disparaître. Voilà qui est bien plus inquiétant.

Sa grille des programmes a plutôt vu ces dernières années apparaître des drôleries comme Service Public (sic) présenté par Isabelle Giordano, Nonobstant par l'omniprésent Yves Calvi (qui présente aussi à la même heure l'émission C dans l'Air sur France 5 - cumul étonnant en période de chômage - un exemple parfait de débats sous couvercle par la constitution de plateau d'experts à la ligne idéologique orientée et invariable) ou la pratique du journalisme selon Nicolas Demorand (pas besoin de commentaire).

L'humoriste n'est qu'un oasis qui cache un désert de désolation, fait d'émissions creuses ou dénuées de sens, à orientations conservatrices ou techno-libérales qui produit des discussions biaisées. Même le public à sensibilité de droite qui se pose des questions, par exemple, sur l'évolution des mœurs républicaines n'y trouve pas son compte.

LA PORTE

Parlons de Porte. Son talent d'écriture est, il est vrai, bien plus élevé que Guillon. Mais qu'entendons-nous lors de sa chronique pour l'anniversaire de l'émission dans laquelle il officie, « Le Fou du Roi » ? Qu'il serait un engagé au service des idées de gauche depuis 10 ans. Second degré ? Sincérité ? Porte est aussi un humoriste. Rien de plus. Il ne peut que dénoncer, au mieux. Reste la manière. Récemment, l'insulte « enc... » a été utilisée dans son texte. S'il s'agit de la dernière façon de représenter les idées de gauche, autant qu'il disparaisse lui-aussi des ondes.

Guillon et Porte partent ? Tant mieux. Ne nous faisons pas de souci pour eux d'ordre économique (Guillon émerge à plusieurs dizaines de milliers d'euros mensuels). La télévision continuera à subventionner l'humour qui renforce les clivages, renforce les divisions, oublie l'intelligence et la finesse.

PLUTÔT UN SERVICE RENDU

Les indignés qui se déclarent de gauche, qui hurlent à la défense de la liberté d'expression feraient mieux de se mobiliser pour contrer le recul de l'âge du départ à la retraite ou réclamer – pour rester dans le sujet – des réponses quant à la question de la pluralité des médias en France. Une fois que disparaît le bonbon acidulé, il ne reste que l'acide. Celui qui fait voir la réalité au-delà des vernis rieurs.

Deux licenciements ne peuvent en cacher des centaines d'autres en ces temps de crise aggravés par une politique économique et sociale dont les arguments en sa défaveur se multiplient. Se focaliser sur ces deux premiers sans considérer les discussions de fond manquantes sur les nombreux seconds, c'est ne pas se rendre compte que la perte de parole démocratique se joue ailleurs, politiquement, dans des mesures bien plus graves et sérieuses.

Car si « l'humour ne doit pas être confisqué par de petits tyrans », selon Jean-Louis Hees, la politique non plus.

Commentaires

1. Le samedi, juin 26 2010, 12:46 par vilrockerdefer

Il reste la question du goût. A-t-on le droit d'aimer Guillon ? Certainement.

Son éviction n'est pas grave en soi, elle est grave parce qu'elle a été faite à cause de ses attaques humoristiques. Si on ne peut pas être caustique, on ne fait que de l'humour puéril.
Il n'est peut-être pas Desproges mais je rappelle que "[...]le juif est soluble dans l'acide sulfurique" du même Desproges était mille fois plus choquant pour n'importe quel bien-pensant.

Bref, oui, c'est extrêmement détestable que Guillon se fasse virer pour les raisons que vous décrivez.

2. Le dimanche, juillet 11 2010, 11:21 par Thevinz

Votre dialectique est trop courte pour emporter autre chose que les rires et la désolation dont vous parlez.
1- vous vous égarez en parlant de 'joie' à propos du crédit de temps accordé librement à Guillon et Porte sur Inter. Nul n'est de joie là-dedans, ni de salut, rien à connotation mystique, hédoniste ou expiatoire. C'est là un rendez-vous avec un caractère, une identité intellectuelle : le second degré, le recul, la perspective.

2 millions d'auditeurs avaient 5mn de pause humoristique, bonne ou mauvaise, sur 180 de matinale (6h30-9h30).

Peu importe le contenu de ces 5 minutes. S'agissant d'humour, les limites seules valables sont les limites légales et l'audience. Seul un juge doit pouvoir arrêter un humoriste, ou un défaut d'audience. Pas le cas.

Vos deux arguments tombent donc :
1- la description est biaisée
2- l'analyse critique non avenue et vos avis et goûts personnels sont propres à rester votre patrimoine.

Au plaisir de ne plus vous lire, car appelant à la censure des humoristes qui ne sont pas sur un plan d'humour vous convenant, vous comprendrez mon appel à la censure d'un éditorial présentant partialité et inconséquence.

Ps: Si Jean-Cu... pardon Jean-Luc Hees, Jean-Louis qui est-ce ?

3. Le lundi, mars 21 2011, 06:35 par Cheap Air Jordan 13 For Sale

Young Alexander Graham Bell grew up with his father’s passions. In 1870, because of poor health, he migrated to Canada. It was not long before his success in teaching the deal to speak brought him to the attention of a wealthy merchant in Boston who had a deaf daughter, Mabel. Would Mr. Bell please teach Mabel how to speak? Yes, he would. And did. And they fell in love. It was she who inspired him through an of the exhausting experiments. who pulled him through the clepressioljs that often irtflict those whose drive to succeed is so intense, while he developed the then remarkable instrument that transformed speech into electrical impulses that could then be converted back into human speech at the end of a wire. he had pierced yet another solitude, the one that up until then had denied human speech between people distant from one another. A year later, in 1877, he and Mabel were married. He later became an American citizen.

4. Le mardi, mars 22 2011, 07:35 par Air Jordan 13 On Sale

It is hard to imagine a world without the telephone. Our lives have grown to depend on computers linked into phone lines to do our shopping, our banking, or helping us through a typical day work.
When you walk into your office, the first thing you do is to turn on the computer and pull up your electronic mail for the day. Of course, your electronic mail does not come in through the mailbox, bit comes in through telephone lines. The nice thing is you can turn them around by simply forwarding back without having to worry about addressing or stamping or enveloping the information to the person that sent you the message.

5. Le samedi, avril 16 2011, 02:45 par loan

I had a dream to make my own commerce, but I did not have enough amount of cash to do it. Thank heaven my friend proposed to take the loans. So I received the secured loan and made real my desire.

S'abonner au flux RSS