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Il faut évaluer le travail de Christine Boutin avant de la condamner

Christine Boutin se retrouve sous le feu des critiques pour avoir accepté une mission sur « les conséquences sociale de la mondialisation » payée 9500 euros par mois. L'ancienne ministre se défend en déclarant qu'elle mérite son salaire. Pourquoi ne pas le vérifier par évaluation ? Voilà qui permettrait de considérer la nécessité de l'octroi d'un tel budget en temps de crise. Un choix décidé par Nicolas Sarkozy.

La grande majorité des employés et ouvriers voient désormais leur travail contrôlé par une armée de chiffres et d'objectifs à atteindre. Loin d'être un gage de qualité accrue dans le service proposé au client, il s'agit plutôt de surveiller l'application d'un concept économique précis : rentabilité avant tout en direction de grands actionnaires et soumission complète du travailleur en ce sens. Cette forme d'idéologie commerciale est souvent qualifiée « d'anglo-saxonne » et s'est peu à peu étendue au globe entier depuis les années 1970, grâce à la mondialisation.

C'EST DU SOCIAL

La mondialisation, ça tombe bien, c'est le thème de la mission pour laquelle est payée Christine Boutin. L'élue qui cumule pourtant d'autres charges et donc plusieurs salaires, (mais où va-t-elle trouver le temps ?) va être payée 9500 euros par mois pour s'intéresser aux « conséquences sociale de la mondialisation » en vue de l'organisation du prochain G20.

Quel contraste... Alors que chaque jour, le discours économique dominant nous rappelle que la concurrence internationale est rude, que les salaires les plus bas doivent stagner, que des coupes dans les budgets sociaux sont inévitables, que les États endettés sont au bord de la faillite, Nicolas Sarkozy estime nécessaire d'offrir à un ancien membre du gouvernement un poste fortement payé.

AU-DELÀ DU PIÈGE

On pourrait s'attarder sur le « piège politique » ainsi tendu par le président de la République à Christine Boutin qui est tombée dedans.

Véhémente depuis sa sortie du précédent gouvernement Fillon, elle était prête à se présenter à l'élection présidentielle de 2012. Ce qui ne pouvait arranger l'UMP, qui doit au premier tour réaliser un score élevé pour garder ses chances de l'emporter au second. Cette mission serait donc une sorte de consolation. L'opposition parle même « d'emploi de complaisance ».

Mais s'esbaudir devant l'habilité politique de Nicolas Sarkozy ne peut faire oublier que l'ancien apôtre du « travailler plus pour gagner plus » a laissé attribuer ce poste dont aucune évaluation réelle n'est prévue. Gagner plus, oui. Pour quel résultat ? On ne sait pas.

Selon Luc Châtel, membre du gouvernement, ce salaire serait « normal », équivalent pour un « haut fonctionnaire ». Certes, mais un haut fonctionnaire a fait des études qualifiées pour exercer sa tâche et ne peut à outrance cumuler les travaux.

Par conséquent, autant demander des comptes. Se poser la question de l'utilité d'un tel rapport, jauger et estimer le résultat du travail mené. Observer son impact, son utilité. Celui-ci doit être très élevé puisqu'en plus du salaire, un bureau de fonction, une voiture de fonction et même une secrétaire particulière ont aussi été attribués à Christine Boutin.

CONDAMNER LE SOLDAT OU JUGER LE GÉNÉRAL ?

L'ancienne ministre, qui affirmait défendre il y a peu l'intérêt des plus démunis devant la pénurie de logements sociaux avec à la clef des familles mal logées, parfois à la rue, n'aura aucun mal à reconnaître qu'il faille justifier l'utilisation de l'argent public en ces temps difficiles.

Le président de la République, fort de ses positions pour « aider les Français à sortir de la crise » n'aura aucun mal à accepter de voir sa décision d'attribuer une mission onéreuse jugée et notée.

Les employés et les ouvriers le savent bien : le discours économique est tristement consensuel. Il faut baisser les coûts, réduire la masse salariale, être flexible, mériter son salaire. Eux cumulent peu de métiers payés plusieurs milliers d'euros. Ils tentent plutôt de cumuler les heures au SMIC... Eux sont contrôlés par des grilles de statistiques ou d'attitudes à respecter.

Boutin a choisi de déclarer qu'elle méritait son salaire. Nicolas Sarkozy (à l'instar du gouvernement) le pensait aussi en lui proposant. Vérifions-le.

Julien Dayx - polémique info

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