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Rama Yade renonce aux hôtels de luxe, au bouclier fiscal et à l'Euro 2016

La secrétaire d'État aux Sports s'attaque aux notes de frais des Bleus en Afrique du Sud. Leur palace, pourtant loué par la Fédération Française de Football, serait ruineux pour les contribuables en pleine crise. Cette prise de position courageuse en prépare d'autres : Rama Yade ne manquera pas de dénoncer bientôt le bouclier fiscal et de revenir sur sa récente joie de voir son pays organiser l'Euro 2016. En effet, le dispositif de défiscalisation qui avantage les rentiers ne soutient pas la valeur travail tout en amputant le budget de la France et l'événement sportif sera un gouffre pour les collectivités locales. La chasse aux superfluités a commencé.

Trop « clinquant ». Trop « indécent ». Trop cher, « surtout en temps de crise ». La secrétaire d'État aux Sports a ainsi dénoncé le coût de l'hôtel des Bleus en Afrique du Sud, le Pezula Resort, selon elle démesuré.

Cinq étoiles, avec vue sur l'Océan indien, terrain de golf et pelouse privative d'entraînement : il est vrai que ce palace n'a rien à voir avec les baraquements des quartiers pauvres autour de Johannesbourg ou du Cap. Ceux-ci n'ont même pas l'eau courante et ne sont desservis par aucune route viabilisée.

Curieusement, malgré quelques coups de peinture et une poignée de stades rénovés dans les centre-ville, les investissements liés à la coupe du Monde n'ont pas été portés jusqu'à là-bas. Dommage. Ce sera probablement le prochain coup de gueule de Rama.

Mais félicitons-la d'abord pour cette prise de position sans concession à quelques jours de l'ouverture de la coupe du Monde alors que le choix de cet hôtel date d'environ deux ans.

COURAGE POLITIQUE

Grâce à cette polémique, qui n'a rien à voir avec un vulgaire plan de communication froidement égoïste sur le dos d'une équipe sportive dont tout le monde profite de l'exposition médiatique, la secrétaire d'État donne indirectement sa position sur les frais d'hébergements ou les dépenses courantes des personnalités politiques en France. Voire même plus.

En effet, puisqu'il faut donner l'exemple, parions que désormais Rama Yade va scruter et dénoncer sans aucune retenue d'éventuels frais ahurissants de déplacements en jet privé de quelque autre ministre, le montant indigeste de l'organisation de quelque Garden Party, le coût exorbitant de la rénovation de quelque Airbus mis à la disposition du président de la République ou, bien sûr, les prochaines notes d'hôtel « de fonction » pour le reste de sa propre carrière.

Ensuite, on attend son revirement sur la question du bouclier fiscal qui grève les finances françaises en période de crise et ne sert pas à récompenser les efforts liés au travail, mais à conforter la fortune de quelques rentiers multimillionnaires. Qui, d'ailleurs, se rabattent désespérés par leur inactivité sur les hôtels de luxe. Cohérent, non ?

Enfin, alors que la France vient de décrocher l'organisation de l'Euro 2016 (dans de troublantes conditions), Rama Yade va nécessairement intervenir pour que les collectivités locales, déjà asphyxiées par les réorganisations budgétaires de l'État (qui se défausse), ne souffrent pas de dépenses trop « indécentes, surtout en temps de crise ».

LA CONCEPT DE L'INTÉRÊT GÉNÉRAL SELON RAMA YADE

Première mesure en ce sens de l'attachée ministre : menacer de représailles les opposants locaux qui traîneraient des pieds pour accueillir l'événement (« les acteurs locaux devront rendre compte aux amateurs de sport si les projets n'avancent pas pour des raisons politiciennes »). Ceux-ci, pas fous, savent très bien que le retour sur investissement d'une telle organisation est négatif.

Quels ingrats ! Le gouvernement avait pourtant spécialement changé la loi pour labelliser les projets de stades « intérêt général ». C'est ce qu'ont dû entendre les sud-africains qui n'ont toujours pas l'eau courante...

Oui, Rama Yade défendra l' « intérêt général » et fera attention à ce que les dépenses restent hautement prioritaires, par exemple dédiées à l'implantation dans nos villes d'hypermarchés dans lesquels la vente de produits dérivés rapporte des fortunes aux clubs privés de foot.

Des coûts 1000 fois plus élevés que n'importe quelle note d'hôtel, le tout cette fois bien payés par le contribuable. Pour le moment, laissons-la profiter de son succès partagé avec Nicolas Sarkozy sur l'attribution de l'événement de l'Euro 2016.


A lire à propos du prix de l'Euro 2016 : RUE89

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