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Traitement du « Karachigate » : Arte TV meilleure que TF1 et France 2

La plupart des journaux télévisés ont évoqué les nouvelles révélations apportées par Mediapart.fr sur l'affaire Karachi. Mais pas toujours avec la même qualité d'analyse et parfois de manière quasi furtive... Dommage de laisser passer ainsi un sujet d'un tel poids, propre à inspirer n'importe quel journaliste. Seule Arte TV ne s'y est pas trompée. Les rédactions binationales, ça a du bon.

Dans son édition du 2 juin 2010, le site Mediapart.fr apporte de nouveaux éléments d'enquête à propos de l'affaire Karachi, rebaptisée par la blogosphère « Karachigate » : « Un rapport de la police luxembourgeoise désigne Sarkozy comme l'architecte, en 1994, d'un dispositif occulte utilisé pour le financement illicite de la campagne présidentielle de Balladur. 'Une partie des fonds qui sont passés par le Luxembourg reviennent en France pour le financement de campagnes politiques françaises', affirment les policiers. »

INFORMER LES CITOYENS

Bien sûr, cette information nécessite d'autres éclaircissements et vérifications. La Commission Consultative du Secret de la Défense Nationale (CCSDN) va d'ailleurs prochainement étudier la demande de « déclassification » de documents soumise par les juges en charge du dossier de l'attentat de Karachi.

Pour autant, en l'état, le développement journalistique soutenu par le travail de longue haleine de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, largement argumenté et basé sur une source fiable, mérite sans aucun doute d'être évoqué par l'ensemble des médias. Les citoyens français (dont les familles des victimes de l'attentat de Karachi) doivent être mis au courant de l'évolution de l'affaire dont le poids ne peut être discuté, quelque soit sa finalité.

Passage obligatoire : les journaux télévisés du soir, sur TF1 et France 2. L'affaire a-t-elle été évoquée ? La réponse est oui. A la hauteur du dossier ? Pas vraiment...

LES DEUX FONT LA PAIRE

Les 20 heures de TF1 et France 2 (éditions comparées du 03/06) ont décidément bien des points communs : des présentateurs ayant tous deux travaillé pour LCI, un sujet sur l'affaire Karachi étrangement non évoqué lors de l'ouverture des JT (d'autres moins importants l'étaient) et lancé de manière synchrone à la quinzième minute...

A croire que le duo Ferrari-Pujadas s'était reformé un temps : se sont-ils appelés pour que leurs rédactions mettent au point cette similitude ? Au moins, le zappeur ne pourra tomber deux fois sur la même information. Quant à savoir si l'audience des journaux télévisés est plus élevée à ce moment-là de la grand-messe...

Le traitement est synthétique et insiste surtout sur le contrat d'armement. Le sujet de France 2 est curieusement lu d'une manière lente, presque robotique et précise qu'aucun « nom » n'est « cité ». Ce qui dans le fond importe peu puisque des fonctions seraient engagées. Le sujet de TF1 est peut-être plus détaillé. Mais pour l'un comme pour l'autre, l'actualisation n'est pas vraiment au rendez-vous. De l'attentat, on peine à arriver à la nature profonde de la dernière piste considérée comme sérieuse par les juges pour dénouer le dossier : politique.

DE L'UTILITÉ D'UN JOURNALISME TRANSNATIONAL

Cette voie d'investigation intéresse pourtant au plus haut point les familles de victimes qui attendent que les intuitions de leur avocat, Olivier Morice, soient prises au sérieux.

Ce dernier n'a pas vu sa déclaration être reprise in extenso dans les deux JT, la voici : « Nicolas Sarkozy est au cœur de la corruption parce que lorsqu'il était ministre du budget, il a validé le système permettant la mise en place de sociétés écrans afin non seulement de corrompre des dignitaires pakistanais mais aussi d'imposer des intermédiaires pour faire en sorte que des commissions illicites puissent revenir en France afin de financer en France la campagne d'Edouard Balladur.»

Le journal d'Arte (19h – 03/06) a laissé au contraire l'avocat s'exprimer pleinement. D'autre part, les derniers éléments ajoutés au dossier ont été minutieusement expliqués avec en point d'orgue l'intervention du journaliste Fabrice Arfi. Voilà qui aide. Et paraît si normal lorsque le journalisme se sent totalement indépendant et inspiré par des rédactions transnationales : dans n'importe quelle autre démocratie européenne, une affaire équivalente aurait ouvert l'ensemble des journaux télévisés. France 3, dans son 19-20 a fait le choix de ne pas en parler. C'est encore plus simple à gérer.




  • Plus de liens sur l'affaire Karachi :

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Attentat de Karachi : le juge Jean-Louis Bruguière avait-il exploré toutes les pistes ?

Affaire : du feu de Karachi aux «contre-feux» à Paris ?

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Commentaires

1. Le lundi, juin 7 2010, 13:46 par no silicone

Merci pour ce focus pertinent sur le traitement de cette information particulière,

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