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C à vous (de payer la dette)

Mardi 24 mai, l'émission « C à vous » diffusée sur France 5 abordait la question de la dette avec pour invité Jacques Attali. Le concept d'une tablée conviviale dans un joli loft, avec de gentils chroniqueurs et une cuisinière à l'œuvre en direct, rencontrait la dure réalité du monde d'aujourd'hui : « Allons-nous tous être ruinés dans dix ans ? ». Ainsi la présentatrice Alessandra Subet lançait sans ménagement le thème de l'émission en rajoutant d'un ton solennel, quasi théâtral, que « la rigueur s'impose ». Voilà un beau sujet qui fait peur à l'heure de l'apéro...

Oui, les temps sont durs. D'ailleurs, Alessandra Subet elle-même en est l'illustration la plus parfaite. Détentrice d'un petit contrat sur une chaîne publique sous-développée censée donner dans l'éducation, la voilà obligée de faire par ailleurs de la publicité pour... de l'électroménager.

ONDES MICRO

En effet, « la star du petit écran » Subet se transforme à ses heures perdues en vendeuse de micro-ondes multifonctions Intuitio de chez Samsung (page de réclame visible dans Le Point, édition du 13 mai).

Quel bel exemple ! Vous aussi, spectateurs, prenez un deuxième travail ! Bon, ce sera peut-être caissière chez Darty, mais il y a un début à tout.

La rigueur s'impose... Alessandra Subet met de l'argent de côté, c'est compréhensible. Ne soyons pas mauvais esprits à se poser la question suivante : combien coûte la production de cette émission quotidienne intitulé C à vous ? Les coupes budgétaires pour résorber la dette ne pourraient-elles pas commencer par là ?

LA DETTE AU CARRE

Revenons au débat sur la dette. Jacques Attali est interrogé par Nathalie Lévy. La journaliste (?) commence fort : « La dette publique a quasiment existé depuis la nuit des temps ». Oui, l'homme de Cro-Magnon devait déjà pratiquer l'austérité sur le taillage des silex.

Attali reste impassible et développe les thèses de son dernier ouvrage. On y apprend que « nous avons les moyens de nous en sortir sans faire la guerre ». Faire la guerre à l'heure actuelle ? Mais à qui ? Si on pouvait faire la guerre au chômage, ça serait pas mal...

La démonstration continue. « Quand un ménage fait faillite, il n'a plus rien. Quand un État fait faillite, il peut encore espérer que les marchés soient gentils et étalonnent la dette. On réduit les dépenses, moins de fonctionnaires, de médecins, de policiers... ».

Ah, la fameuse comparaison ménage / État... Pour une fois, il semble que nous ne soyons pas obligés de vendre Versailles tout de suite. Mais le pays apparaît comme définitivement dépendant des marchés financiers pour survivre. Le choix d'une réorientation du financement de la dette par l'épargne nationale semble être jeté aux oubliettes. Le cas du Japon dans ce cas de figure, pourtant bien plus endetté que la France et néanmoins stable, ne sera pas défendu.

X 6

L'ancien conseiller de Mitterrand poursuit : « Le pays a une dette 6 fois supérieure à ses revenus. C'est énorme. Un ménage qui aurait une dette de 6 fois ses revenus, c'est énorme... »

Admettons un moment la comparaison. Candidement, si on comprend bien, un ménage qui gagnerait 50 000 euros par an, s'il était endetté à hauteur de 300 000 euros, serait accablé par une dette « énorme ». Mais comment s'acheter alors une maison à crédit ? Sale temps pour l'immobilier.

Nathalie Lévy ose une nouvelle question : « On a vu le PS ne pas vouloir toucher à la retraite à 60 ans. Typiquement, c'est quelque chose qui doit vous paraître hallucinant ». Hal-lu-ci-nant. Voilà une question qui respire l'esprit de contradiction basé sur une haute impartialité, pleine d'objectivité. Réponse d'Attali : « Le retraites, c'est un peu différent, mais on ne s'en tirera pas sans travailler plus ». Pour gagner plus, on sait.

INVITEZ LORDON !

Final : « Je pense qu'aujourd'hui, il faut être sérieux tout le temps. Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est un plan catastrophe. » Le catastrophisme, c'est très sérieux.

La dernière salve est de la présentatrice : « Faites vous votre propre opinion, lisez le livre ». Okay. Mais donc, puisque ceci est une émission du service public, peut-on espérer d'autres avis, d'autres visions du problème de la dette ? Pour se faire son propre avis sur la question, cela semble nécessaire. Voir l'économiste Frédéric Lordon sur ce plateau, autour de cette table en train de siroter un petit rouge et entendre son point de vue divergeant de celui d'Attali, ça aurait de la gueule.

Ella Roche - polémique.info

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