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En Louisiane, BP nettoie surtout son image

La British Petroleum a débuté une campagne de communication pour minorer les effets négatifs de l'énorme marée noire dont elle est responsable. Avec une nouvelle méthode : infiltrer localement les réseaux publics et associatifs en arrosant le plus de monde possible et en la jouant profil bas. Grâce à certains médias peu attentifs aux faits, ces prétendus efforts - qui ne coûtent rien à la compagnie pétrolière par rapport à ses immenses bénéfices - sont largement relayés dans l'opinion publique. Oubliée l'analyse de cette inquiétante collusion public-privé... Elle pèsera pourtant lourd au moment des procès pour le vrai et juste dédommagement des victimes.

Pour communiquer sur son volontarisme à assumer les conséquences de l'explosion de sa plateforme pétrolière, BP utilise de nouveaux moyens :

-annonce de l'octroi de contrats aux pêcheurs pour nettoyer eux-mêmes les effets de la catastrophe (sept généreux dollars de l'heure);

-apparition d'experts chargés de démontrer que le nettoyage est possible et que tout bientôt sera « plus propre qu'avant » (France 2, 20h - 6/5);

-mise en place de petits groupes d'influence capables d'infiltrer mairies ou association;

-mise en avant de bataillons de témoins locaux insistant davantage sur le rôle central de BP dans l'économie de la région plutôt que sur son manque d'investissement lié à la sécurité (qui a entraîné la catastrophe).

Voilà de quoi détourner l'attention de l'opinion publique...

PAROLES BRUTES

Polémiques.info reportait l'un de ces témoignages orientés (cf. BP arrose tout), diffusé sur France Info (3/5) : « Vous ne trouverez aucun pêcheur pour être en colère contre la compagnie pétrolière ». Selon la personne interrogée, une habitante de la côte, les pêcheurs avaient trop conscience de l'importance de BP qui « payait rubis sur l'ongle les filets déchirés ». Aucune contradiction ne fut donnée à cette vision pour le moins réductrice.

Mis à part le fait que le tourisme est la véritable ressource numéro un en Louisiane du Sud et que celle-ci risque d'être durement et longuement affectée à l'instar de la pêche, France Info pourrait apporter une autre précision en évoquant un reportage de l'émission Thalassa (France 3 – 7/5). Ce dernier a donné la parole directement aux pêcheurs de la Louisiane : « Que BP se garde leurs contrats de merde ! », « C'est une blague leur truc ! », « Ce qui va se passer, c'est que ça va chier ! », « Le temps qu'ils finissent cette connerie (l'organisation d'une réception pour engager les pêcheurs à signer les contrats proposés par BP qui les obligent à renoncer à toute poursuite judiciaire ultérieure contre la compagnie), on aura du pétrole jusqu'au cou ! ».

Mais à part ça, « vous ne trouverez aucun pêcheur pour être en colère contre la compagnie pétrolière » !

La plupart des médias continuent pourtant à évoquer une « catastrophe naturelle » (la fatalité) au lieu d'une « catastrophe industrielle » (avec des causes et des responsables). France Info continue à parler des « efforts de BP » (8/5) pour contrer les conséquences de la marée noire plutôt que de sa responsabilité. Bientôt, ça sera la faute des pêcheurs et des poissons...

Nul n'a remis en cause telle réalité proposée par BP, créée localement, par petites touches, moins soupçonnable qu'un grand plan com'.

BP RECRUTE LES VICTIMES... POUR DÉFENDRE SON IMAGE

Seul un article de Corine Lesnes (Le Monde - 8/5), "BP dépollue aussi son image", a décrit cette nouvelle technique dans le domaine de la communication pour le pétrolier :

(Le PDG de BP) Tony Hayward l'a dit : il veut "gagner les cœurs et les esprits". Après avoir songé à une massive campagne publicitaire, la compagnie a tranché pour une communication de proximité. Des brigades légères d'une dizaine de personnes ont été dispersées dans chaque comté. Les "BP" passent dans les mairies, contactent les associations, répondent aux numéros d'urgence, préparent le dépôt des plaintes. Ou attendent les journalistes au fin fond de la Louisiane, comme Irvin Lipp. Spécialiste de relations publiques et de gestion de crises, ancien de DuPont, il a été recruté par BP pour un contrat "marée noire".

Et insiste sur la collusion néfaste entre privé et public sur le nettoyage à réaliser :

Pour le Sierra Club (association de défense de l'environnement), c'est là que le bât blesse. Michael Brune, le directeur exécutif de l'association, est venu de San Francisco pour prendre la mesure des dégâts. Il est impressionné par l'étendue de la pollution et par la collusion public-privé dans l'organisation. "Il est normal que BP compense les pertes, dit-il. Mais elle ne devrait pas avoir le pouvoir de prendre les décisions sur le nettoyage." Selon lui, BP est juge et partie, alors qu'une tierce partie indépendante est nécessaire pour procéder aux tests. "Ce qu'ils nettoient surtout, c'est leur image." Pour lui, le gouvernement fédéral est "beaucoup trop proche de BP. Nous avons besoin d'une séparation du pétrole et de l'Etat".

Sans cette séparation, BP fera à son bon vouloir pour réparer l'irréparable. En court-circuitant l'État, la compagnie ne répare rien, elle prépare le terrain à son avantage.

BÉNÉFICES QUI EXPLOSENT

Espérons que les procès à venir soient tout autant suivis que cette campagne de communication made in BP avec des observateurs cette fois moins... passifs. Ce qui aidera un dédommagement juste des populations concernées par cette catastrophe, sur le long terme, avec des montants bien supérieurs à 7 dollars de l'heure.

Les résultats du premier trimestre 2010 de BP ont augmenté de 135% par rapport à 2009, estimés à 5,6 milliards de dollars. Des bénéfices dont se félicite le site internet de la compagnie au joli slogan : Welcome to BP. Our products and services contribute to a better quality of life.

Polémique info - ER

Commentaires

1. Le jeudi, mai 13 2010, 23:55 par Colleen

Every one acknowledges that life is high priced

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