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Grippe A : il est où le contrat à 808 millions ?

Un contrat, c'est bien connu, ça voyage sans prévenir. De l'Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires (EPRUS) au ministère de la Santé, le document relatif à l'achat massif de vaccins contre la grippe A par l'État français s'est promené. Espérons qu'il n'ait pas attrapé froid : le député PS Gérard Bapt souhaite le rencontrer sans porter de masque, pour plus de transparence.

En tant que rapporteur du budget de la Sécurité Sociale, Bapt souhaite en effet se faire un avis sur les conditions de vente des quatre laboratoires qui ont vendu à la France 94 millions de doses vaccinales pour un montant de 808 millions d'euros. Voilà qui va intéresser les Français : jusqu'à maintenant, ni l'Assemblée nationale, ni le Sénat n'ont eu leur mot à dire sur cette transaction opaque menée par Roselyne Bachelot.

CACHE-CACHE

Sur les conseils de la ministre, Gérard Bapt s'est d'abord rendu à l'EPRUS. Pas chance, selon l'établissement, le contrat était parti avenue Duquesne au ministère de la Santé... la veille. Décidément, connaître les conditions de la négociation des vaccins est vraiment difficile !

Pourquoi tant de secret ? Rien à voir avec le sacro-saint principe de précaution : celui-ci est seulement appliqué lorsqu'il se réclame d'un grand débat public démocratique et s'alimente de multiples conseils et avis d'experts indépendants.

Or, dans le cas de la grippe A, le seul avis réellement pris en compte par de nombreux ministres européens de la Santé (dont Mme Bachelot) est celui de l'Organisation Mondiale de la Santé. Une chance ? Pas sûr : l'OMS a une composition du personnel fortement liée à l'industrie pharmaceutique et n'a jamais cessé d'être alarmiste sur la pandémie alors que la dangerosité de la grippe porcine (déjà connue) a rapidement été minorée par les scientifiques (*).

RISQUE DE COLLUSION

Sur le plan national aussi, le mélange des genres apparaît. Le professeur de médecine Bruno Lina est membre du comité de lutte contre la grippe A, expert auprès de Roselyne Bachelot et préside pourtant le comité scientifique du Groupe d'Expertise et d'Information sur la Grippe (GEIG). Ce dernier est financé... par des laboratoires industriels pharmaceutiques (Source : Le Parisien). Interrogé sur la question sur France Inter (Le téléphone sonne - 29/10), le principal intéressé (selon lui non rémunéré pour ses conseils) a déclaré ne voir aucun problème à multiplier les casquettes.

A ce stade-là, c'est le système de santé français qui doit vraiment être malade : pour être sûr qu'aucune collusion ne puisse advenir, il y a de meilleurs choix !

Roselyne Bachelot elle-même a été déléguée à l'information médicale au sein du laboratoire AstraZeneca (ex ICIPHARMA) et chargée des relations publiques pendant près de 10 ans à Soguipharm.

Alors... Il est où le contrat ?

(*)

-Rappelons le bilan des victimes de la grippe dans l'hémisphère sud (au 11/09) : Argentine, 41 millions d'habitants : 512 morts; Australie, 21 millions d'habitants : 165 morts; Chili, 16 millions d'habitants : 125 morts; Nouvelle-Zélande, 4 millions d'habitants : 17 morts. Donnons le taux de létalité (nombre de décès parmi les personnes infectées) à la Réunion : 800.000 habitants, 70.000 cas, 6 morts = 1/10000. (Source : INVS) Le seul élément qui peut inquiéter est une mutation du virus vers une forme plus létale. Selon les virologues, ce risque reste pour le moment peut probable. Et de toute façon, si cela devait arriver, les doses achetées à prix inconnu ne seraient d'aucune efficacité.

-A propos de l'OMS : voir le Thema d'Arte sur la Grippe A (dernière diffusion le 31/10 à 10h40)

ARTE TV - GRIPPE A, UN VIRUS FAIT DEBAT (Allemagne, 2009, 52 min.) Réalisateurs : Jutta Pinzler, Stefanie Schwalfenberg

Depuis que la grippe A (H1N1) a été déclarée pandémie mondiale par l'OMS, les gouvernements du monde entier se sont lancés dans des achats massifs de médicaments et de vaccins. Prévention ou hystérie ? Sur les 6,2 milliards d'individus que compte la planète, le virus de la grippe A (H1N1) en a tué jusqu'ici moins de 2 000 ; bien peu au regard des 100 000 personnes qui meurent de faim chaque jour dans le monde. Pourtant, avant même que les vaccins ne soient au point et que l'on soit certain de leur efficacité, des millions de doses ont été commandées par la plupart des pays. La dépense est-elle en rapport avec la menace réelle ? Et comment l'Organisation mondiale de la santé (OMS) établit-elle ses seuils d'alerte ? Le 29 avril dernier, elle a en effet décidé de passer au niveau 5 d'alerte pandémique, stade qui permet de débloquer des crédits pour développer des vaccins. Puis, en juin, elle a déclenché le niveau 6, en déclarant la grippe A (H1N1) pandémie mondiale. Quelle est l'influence de l'industrie pharmaceutique sur ces décisions ? Rejoignant la position de Jean Ziegler, membre du Conseil des droits de l'homme à l'ONU, Wolfgang Becker-Brüser, l'ancien directeur du service chargé de la circulation des médicaments à l'Office pour la santé de la République fédérale d'Allemagne, soulève la question des intérêts commerciaux en jeu. D'autres critiques s'inquiètent de l'efficacité du Tamiflu et des vaccins. Certains s'interrogent même sur leur nocivité. D'autres se demandent enfin si, sur fond de crise financière et économique, le phénomène de la grippe A ne viendrait pas à point nommé pour les hommes politiques de tous les continents.

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Commentaires

1. Le vendredi, octobre 30 2009, 08:55 par PATOU

Bravo à ce député courageux et pertinent qui défend les intérêts et argent des citoyens ! Mme Bachelot perdrait-elle la mémoire (Alzheimer précoce ?) ou se pense-t-elle au dessus des lois et du droit d'accès aux documents.
L'obscurantisme ministériel passera-t-il pour finir en responsable mais pas coupable ?
Patou

2. Le vendredi, octobre 30 2009, 20:51 par Robin

Sans faire l'analogie avec une autre affaire sanitaire, c'est vrai qu'on peut se poser des questions sur la nature de la responsabilité, indépendante ou pas.

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