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Grippe A : après Angela Merkel, piquons Roselyne Bachelot !

La campagne de vaccination contre la grippe H1N1 a commencé. De braves médecins et infirmières se sont dévoués à se dénuder le bras devant les caméras. D'autres étaient plus réticents : la polémique sur la dangerosité et l'utilité du vaccin face une maladie peu dangereuse bat son plein. En tout cas sur Internet. Peu importe, les images produites à vocation promotionnelle étaient destinées à la télévision, qui ne se pose guère de questions. Sauf Arte TV qui a proposé un excellent Thema à ce sujet. En Allemagne, Angela Merkel s'est faite vacciner, piégée par la presse. Et notre Roselyne nationale ?

La chancelière allemande Angela Merkel a été confrontée à une polémique sur la qualité des vaccins contre la grippe A. 200 000 doses issues du laboratoire Baxter avaient été prévues pour les officiels et les militaires, présentées comme de qualité supérieure. Alors que le reste de la population ne bénéficiait que d'un vaccin « ordinaire » (un achat colossal de 50 millions de doses, notamment au célèbre compagnie GSK). Cette sorte de « médecine à deux vitesses » a été révélée par la presse allemande. Un événement qui n'a pas fini d'alimenter bruits, rumeurs et théories à propos d'une élite privilégiée, mise à l'abri sur le plan sanitaire. Ce qui a contraint Angela Merkel a se faire vacciner avec le produit « ordinaire ». (Source : site Arrêt sur images)

ROSELYNE ET LA GRIPPE COCHONNE

France, Allemagne, pas de jaloux ! Nous aussi, attendons avec impatience que Mme Bachelot puisse tendre au journal de 20 Heures son joli petit bras potelé. Notamment si la ministre de la Santé souhaite donner l'exemple, montrer que le vaccin ne présente aucun risque sanitaire qui dépasserait les risques de la grippe A elle-même, scientifiquement considérée à la dangerosité dérisoire... Ce qui n'est pas évident.

En effet, l'hémisphère sud (dont l'hiver est passé) a déjà compris que la grippe A est comprable à une grippe saisonnière avec son taux de létalité - c'est à dire taux de mortalité parmi les personnes malades - de l'ordre de 1/1000, voire moins grave. La seule différence pourrait être portée sur le nombre total de malades plus élevé qui mécaniquement ferait plus de victimes. Mais il faut alors citer le nombre de décès liés à la grippe A dans certains pays du Sud (chiffres arrêtés au 11/09, source INVS) :

Argentine, 41 millions d'habitants : 512 morts; Australie, 21 millions d'habitants : 165 morts; Chili, 16 millions d'habitants : 125 morts; Nouvelle-Zélande, 4 millions d'habitants : 17 morts Si la létalité est calculée pour la Réunion (800.000 habitants, 70.000 cas, 6 morts), on obtient un taux de 1/10000...

Mais alors pourquoi un journal télévisé de France 3 ouvre-t-il son édition du soir (21/09) en parlant d'un « bébé mort de la grippe A », sans même préciser que celui-ci était en état de faiblesse lié à d'autres difficultés de santé ? Pourquoi se servir de ce triste événement pour enchaîner sur la campagne de vaccination au lieu de consulter les rapports scientifiques qui rassurent de manière unanime ? Et quid des risques de se vacciner avec un produit qui a été mis au point dans une précipitation extrême ?

PAS DE DANGER DÉMESURÉ, PAS DE MUTATION

Il y a quelques mois encore, on pouvait s'autoriser à être vigilant, notamment sur le plan d'une mutation du virus. Or, à la vue des faits, celle-ci ne s'est pas présentée et a peu de chance de se produire. Tout simplement parce que le virus de la grippe A a atteint son objectif qui est de se diffuser, de vivre et non pas de supprimer ses supports, autrement dit les humains. Son intérêt à muter est donc limité (source : études de Christian Drosten en virologie). Aujourd'hui, tous les voyants sont au vert. Sauf ceux des autorités gouvernementales et de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et des médias qui lisent leurs communiqués de presse. La mobilisation pour se faire vacciner avec les stocks de doses achetées au prix fort aux laboratoires industriels bat son plein.

Devant ce spectacle, chacun doit pouvoir se faire son avis librement (se faire vacciner est un droit, mais il ne doit pas y avoir d'obligation de vaccination). Mais cela semble bien difficile lorsque de nombreux médias font certains amalgames regrettables et oublient de donner les détails scientifiques qui relativisent l'impact de la grippe A ou lorsque certains intervenants disent... n'importe quoi. Le docteur Marc Girard (très engagé contre l'idée de vaccination, mais caution médicale sérieuse) réalise et actualise une compilation des perles de la campagne. La position du praticien au sujet du vaccin contre la grippe A est sans appel : « Avec seulement 1% des gens atteints et une mortalité maximum de 0,1%, on voit donc que la grippe serait une menace mortelle pour un citoyen sur 100 000 au maximum. Même au cours d'un développement bien mené, je n'ai jamais vu de médicament dont on puisse garantir qu'il n'expose pas à des effets indésirables graves chez un patient sur 100 000 exposés.»

ARTE TV : LE SEUL REPORTAGE LUCIDE SUR LA GRIPPE A ?

Arte TV a proposé un excellent reportage consacré à la grippe A (21/09, voir ci-dessous le résumé du reportage et ses dates de rediffusion). Ce dernier vaut le le détour tant sa vision internationale du problème des enjeux industriels liés à la vaccination est documentée. Il démontre l'avantage d'avoir une rédaction franco-allemande capable de démêler des problématiques qui restent obscures ou politico-politiciennes sur le plan national.

Toutes les questions y sont traitées, notamment celle de la « montée en mayonnaise » de la crise liée à la grippe A par l'OMS alors que de nombreuses données scientifiques appelaient à plus de prudence. Facile à dire pour les politiques qui doivent agir pour ne se voir rien reprocher ? Pas si évident : les politiques prennent leurs décisions à cause des alertes de l'OMS dont la consanguinité avec l'industrie pharmaceutique, détaillée dans le reportage, a de quoi interroger.

Car la conséquence est une commande massive de médicaments, de vaccins qui se chiffre en milliards d'euros, sans toujours prouver leur efficacité face à une maladie dont on cherche encore la dangerosité. Combien de malades aurions-nous soignés du paludisme en Afrique avec de telles sommes ? Beaucoup, mais les peuples qui meurent là-bas sont, paraît-il, insolvables. Et l'industrie pharmaceutique doit faire des bénéfices pour ses grands actionnaires, vu que l'humanité est incapable de s'organiser et de financer une structure internationale de recherche dédiée à l'intérêt commun. En théorie, dans un système néolibéral pour bisounours, les laboratoires privés sont capables d'innover par investissement pour apporter de nouveaux médicaments. Dans la vraie vie, le marketing et l'avidité des gains présente un immense problème déontologique et n'aide en rien l'humanité sans sa globalité.

SPÉCULATIONS

Selon l'analyste boursier Martin Brunninger, la « crise » de la grippe A arrive au bon moment. Alors qu'elle perd ses brevets et mise tout sur le marketing, elle remporte la timbale en « faisant des bénéfices temporaires ». Il n'y a pas que sur le plan sanitaire que la grippe A est une pure spéculation.... Peter Shonhöfer, pharmacologue, va encore plus loin et dénonce le « vieux principe marketing des industrie » qui manipule « la peur de consommateurs pour créer une psychose pour qu'ils se ruent sur le vaccin ». Et affirme que « des gens ont travaillé dans l'industrie, puis à l'OMS, il y a donc intérêt. Des carrières passent par l'OMS, cela est inadmissible. » Les mauvais esprits se souviendront que Roselyne Bachelot a travaillé durant 10 ans pour l'industrie pharmaceutique, chargée des relations publiques.

Un magma d'informations et de contre-informations circulent envers la grippe A. Le son de cloche des médias traditionnels (TV, presse, radio) est trop uniforme et peu scientifique. Celui d'internet sombre trop souvent dans le fantasme du complot et invente une sorte de censure passive puisqu'il empêche de s'en tenir aux faits scientifiques et décrédibilise toute question liée à la préservation de l'intérêt commun. La peur accable individuellement le public qui ferme les yeux collectivement.

Il faut s'interroger sur l'utilisation de ces milliards d'euros. Car des faits demeurent : l'approche de la santé humaine au niveau mondial est en crise; l'absence de contrôles transparents des autorisations de médicament et des démarches de test de produit pose problème; le mélange des genres entre les politiques et l'industrie ne peut être que catastrophique.

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ARTE TV - GRIPPE A, UN VIRUS FAIT DEBAT (Allemagne, 2009, 52 min.) Réalisateurs : Jutta Pinzler, Stefanie Schwalfenberg Rediffusions : le 23/10 à 9h55 et le 31/10 à 10h40.

Depuis que la grippe A (H1N1) a été déclarée pandémie mondiale par l'OMS, les gouvernements du monde entier se sont lancés dans des achats massifs de médicaments et de vaccins. Prévention ou hystérie ? Sur les 6,2 milliards d'individus que compte la planète, le virus de la grippe A (H1N1) en a tué jusqu'ici moins de 2 000 ; bien peu au regard des 100 000 personnes qui meurent de faim chaque jour dans le monde. Pourtant, avant même que les vaccins ne soient au point et que l'on soit certain de leur efficacité, des millions de doses ont été commandées par la plupart des pays. La dépense est-elle en rapport avec la menace réelle ? Et comment l'Organisation mondiale de la santé (OMS) établit-elle ses seuils d'alerte ? Le 29 avril dernier, elle a en effet décidé de passer au niveau 5 d'alerte pandémique, stade qui permet de débloquer des crédits pour développer des vaccins. Puis, en juin, elle a déclenché le niveau 6, en déclarant la grippe A (H1N1) pandémie mondiale. Quelle est l'influence de l'industrie pharmaceutique sur ces décisions ? Rejoignant la position de Jean Ziegler, membre du Conseil des droits de l'homme à l'ONU, Wolfgang Becker-Brüser, l'ancien directeur du service chargé de la circulation des médicaments à l'Office pour la santé de la République fédérale d'Allemagne, soulève la question des intérêts commerciaux en jeu. D'autres critiques s'inquiètent de l'efficacité du Tamiflu et des vaccins. Certains s'interrogent même sur leur nocivité. D'autres se demandent enfin si, sur fond de crise financière et économique, le phénomène de la grippe A ne viendrait pas à point nommé pour les hommes politiques de tous les continents.

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