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Nicolas Sarkozy invente l'autosatisfaction historique

OLYMPUS DIGITAL CAMERAInterrogé par le quotidien Le Figaro (autant de pages de droite que de pages de droite), le président de la République revient sur les polémiques qui inquiètent son gouvernement, sa politique, son fils et son... électorat traditionnel. Premier réflexe pour analyser cette période délicate : effectuer un retour vers le passé pour se rassurer à bon compte avec quelques comparaisons historiques. Mais sans la capacité d'autosatisfaction de Nicolas Sarkozy, l'exercice n'est pas si rassurant.

Dès le début de l'entretien livré au ''Figaro'', le président de la République pose le regard dans le rétroviseur. A mi-mandat, où en étaient les Mitterrand, Giscard et de Gaulle ? Plutôt étonnant ce besoin de se rassurer en plongeant dans le passé... Surtout pour un homme qui s'était sans cesse présenté comme celui de la « rupture ». Une quête d'assurance qui révèle une fébrilité politique passagère, mais aussi un petit complexe vis-à-vis des grandes figures. Car à manipuler ce genre de symboles comme des fétiches historiques, on laisse deviner un manque de hauteur dans sa propre démarche politique.

RETOUR VERS LE FUTUR DES DÉFAITES ?

Ainsi, suivons Nicolas Sarkozy qui souhaite prendre du « recul ». Les événements et situations cités produisent donc des parallèles. Que l'on peut diversement interpréter :

« En 1967, deux ans après la réélection du général de Gaulle, la majorité de l'époque ne l'emporte que d'un siège aux législatives. L'année suivante, ce sont les événements de Mai 1968. », lance le président.

L'année suivante, elle reste à venir... Doit-on redouter pour l'année prochaine un nouveau printemps agité ? Sous les dalles de marbre de la Défense, les sables mouvants ? Alors que les jeunes ont de plus en plus de mal à trouver un emploi, Prince Jean Sarkozy est propulsé à la tête de l'Epad après avoir été élu à un poste de conseiller général grâce à son nom. Le tout sans qualifications pertinentes. Voilà qui dessine une société verrouillée, dont les élites consanguines ne se renouvèlent plus, déjà financièrement sauvegardées par la remise en question des frais de succession. Comme en 68. Ou sous l'Ancien Régime.

« Deux ans après l'élection de Valéry Giscard d'Estaing, en 1976, il rompt avec son premier ministre Jacques Chirac. Son septennat ne s'en remettra pas. », poursuit Nicolas Sarkozy.

Voilà qui devrait l'encourager à garder François Fillon aux manettes. Pourtant, la situation du Premier ministre est de plus en plus isolée. Récemment, en plein règlement du dossier lié au Grand Paris, il s'est fait ridiculiser par Christian Blanc. Ce dernier, davantage dans les petits papiers du président, a pesté et obtenu gain de cause pour contrarier la volonté de Fillon de retoucher à l'un de ses projets de réforme en Ile-de-France. Une retouche censée faire plaisir à la majorité. A l'effacement du premier ministre (stratégique sur un plan politique et ordonné par le régime présidentiel) succédera une probable démission prochaine après les régionales. Une fois fatiguées les ficelles infernales de la communication, séparé du fusible Fillon, le quinquennat de Sarkozy s'en remettra-t-il ?

« En 1983, deux ans après l'élection de François Mitterrand, c'est le tournant de la rigueur, qui se solde par l'échec de la majorité socialiste, trois ans plus tard. »

Selon le premier ministère, la France devait déjà s'accommoder d'une cure de rigueur et d'austérité, pour cause de « caisses vides ». Trois ans plus correspondrait donc à... 2012. Doit-on y voir l'aveu d'un échec futur de l'Union pour la Majorité Présidentielle ?

« Deux ans après l'élection de Jacques Chirac en 1995, c'est la désastreuse dissolution. »

Voilà au moins une erreur que Nicolas Sarkozy ne reproduira pas ! Commise par Dominique de Villepin, son ennemi politique numéro un, il ne lui viendra jamais à l'idée de la copier...

UNE HISTORIOGRAPHIE DE L'AUTOSATISFACTION

Pour le reste, rassurons-nous. Cette lecture historique n'est pas la bonne. Le président, lui, ne s'inquiète pas. Il pratique une historiographie de l'autosatisfaction. Tous ces calamiteux événements du passé, c'est comme les pellicules : c'est pas pour lui. Tout est si différent sous son mandat :

« La situation de l'actuelle majorité est bien différente puisqu'elle vient de gagner les élections européennes. Le front social est apaisé malgré une crise économique sans précédent. Quant aux élections partielles qui sont traditionnellement mauvaises pour le gouvernement en place, nous en avons gagné l'immense majorité et notre candidat David Douillet a fait 45 % au premier tour dimanche dernier. »

Un vrai journal officiel des bonnes nouvelles, édictées sans être superstitieux... Parler d'une élection gagnée avant même le second tour, voilà une belle preuve de confiance ! D'ailleurs, au sujet des élections partielles, certaines ont été très serrées alors qu'elles se déroulaient pourtant dans des fiefs de la droite (par exemple dans les Yvelines, à Rambouillet). Quant à la valeur du résultat des élections européennes pour se faire un manteau pour l'hiver de voix nationales, une consultation des résultats de scrutins nationaux à la suite de celles-ci suffit à largement relativiser son importance.

Heureusement, selon le président, le « front social est apaisé ». Le front est peut-être apaisé... mais il transpire à grosses gouttes. Le chômage augmente toujours, comme les plans sociaux. L'annonce d'un nouvel impôt (la taxe carbonne), l'augmentation du forfait hospitalier ne fait pas vraiment plaisir à la classe moyenne qui souffre de la cruelle absence d'un projet de société cohérent. Le besoin de payer des adolescents pour qu'ils aillent en cours caractérise l'effondrement d'un système éducatif basé sur un apprentissage libre, ouvert et républicain, capable de proposer autre chose que des voies de garage à l'arrivée. Les exemples se multiplient.

Ajoutons enfin que le grand nombre de polémiques diverses et variées affole l'électorat traditionnel de la droite (les escapades exotiques de Frédéric Mitterrand, l'ascension en fusée Ariane du bachelier Jean, etc.). Ce qui peut être gênant avant des élections régionales.

Là encore, Nicolas Sarkozy sait faire la part historique des choses : « Il ne faut pas confondre le climat du milieu médiatique, qui est par construction politisé et agité avec la réalité de la société française. » Voilà la clef ! Dans le passé, le milieu médiatique existait moins. Il n'y avait que la réalité. Les gouvernements sautaient, les élections se perdaient et les sociétés explosaient. Aujourd'hui, les citoyens font la part des choses : ils regardent les problèmes à la télé dans une construction qu'ils savent politisée et agitée et attendent paisiblement que le président les solutionne.

Le regard de Nicolas Sarkozy donne parfois l'impression que l'homme se pense en dehors de l'histoire. Comme si ce qui s'était passé, face à des situations comparables, ne pouvait pas lui arriver. Cette idée correspond à une vision d'une histoire finie, achevée. Pourtant, cette dernière réserve toujours des surprises. Surtout à ceux qui se mesurent à elle avec prétention.

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