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L'étrange Nobel de Monsieur Barack

En pleine négociation avec le général McChrystal au sujet de l'envoi de nouvelles troupes en Afghanistan, le président des États-Unis vient d'obtenir le prestigieux prix Nobel de la paix. Alors que chauffe le dossier du nucléaire iranien, cette attribution en temps de guerre devient un fait politique majeur : tous les gestes de Barack Obama seront désormais jugés sous le prisme de cet honneur symbolique. L'image proprette du « candidat de l'espoir » ne camouflera plus ses actes militaires (en cours ou à venir) et une politique internationale qui se contenterait de demi-mesures.

Barack Obama ou le général McChrystal ? On se demande qui des deux a été le plus embarrassé à l'annonce de l'obtention du Nobel par le président américain...

Le chef de la plus grande armée terrestre n'en revient pas : « Ce matin, Michelle et moi-même nous sommes réveillés avec une surprenante nouvelle (…) Pour être sincère, je ne crois pas que je le mérite (…) Je vais accepter ce prix comme un appel à l'action».

Quant au général McChrystal, qui dirige les forces coalisées en Afghanistan, la seule action qu'il puisse concevoir est l'envoi de plusieurs dizaines de milliers d'hommes supplémentaires en Afghanistan, pour selon lui gagner la guerre.

Certes, Barack Obama a été contraint de poursuivre une guerre initiée par son prédécesseur. Mais c'est bien lui qui a pris la décision d'en renforcer les contingents avec 17 000 militaires supplémentaires envoyés en février 2009. Comme si le président des États-Unis se sentait toujours obligé de donner des gages à son opinion publique la plus à droite : partir d'Irak oui; lutter contre le terrorisme au pays de l'opium, toujours.

Une fois « nobelisé », ce type de décision ne passera plus inaperçu. Il sera même intenable d'un point de vue symbolique.

CADEAU EMPOISONNÉ ?

Le jury du Nobel a déclaré avoir attribué le prix Nobel à Barack Obama « pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie internationale et de la coopération entre les peuples ».

Message reçu par le peuple iranien ! Mais message reçu aussi par les dirigeants iraniens et les va-t-en guerre américains néoconservateurs (ces derniers sont loin d'avoir abandonnés tous les postes de pouvoir aux États-Unis).

Politiquement, Obama se retrouve ainsi coincé entre les bellicistes de n'importe quel bord ou soutiens de la voie dure (à l'instar de sa secrétaire d'État Hillary Clinton) et les partisans de la paix qui attendent que l'image d'Obama corresponde enfin à ses actes.

LA FIN D'UNE IMAGE

Son image de « chic type », quelques discours plein d'espoir : à son actif, Obama n'a que ça. Et il le sait. Comment va-t-il gérer l'impact de son prix Nobel au moment où les projets militaires et nucléaires de Téhéran inquiètent le monde entier ? Comment rassurer les médias intérieurs qui s'inquiètent de son indépendance vis-à-vis du poids de cette récompense, comme de son manque de résultats ? Un vrai cadeau empoisonné... ou rêvé pour ceux qui ne veulent plus de demi-mesures dans sa politique internationale.

En résumé, ce Nobel met une immense pression sur Obama. Paradoxalement, il ne peut que casser son image cette fois confrontée à ses décisions dont il sera responsable dans les mois à venir. Les « pacifistes » vont exiger qu'il tienne ses promesses plus vite. Les faucons vont redouter un relâchement sur les dossiers sensibles, quand bien même les solutions armées ont démontré toute leur morbide insuffisance.

Jacques Chirac avait raté le prix Nobel alors qu'il s'était opposé à la seconde guerre en Irak. A croire qu'il n'avait rien compris : Obama l'obtient alors qu'il dirige un pays toujours en guerre et va jusqu'à le relativiser, comprenant bien le fardeau qu'il représente. Les temps sont durs pour ceux qui se réclament de l'espoir.

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