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Les suicides à France Télécom vus par un think-tank néolibéral : IFRAP fort

img84.jpgL'IFRAP est un laboratoire d'idées qui délivre la bonne parole techno-libérale : réduire à néant l'action de l'État, tout privatiser, démanteler le Code du travail pour plus de flexibilité, supprimer les fonctionnaires, etc. Pour illustrer le drame des suicides à France Télécom, un article surréaliste publié sur son site web relativise le nombre de passages à l'acte et met en cause « le conditionnement » passé des fonctionnaires.

La crise financière a déjà démontré la nocivité des orientations purement néolibérales. La « main invisible du marché » n'existe pas. Le retour du politique et de l'État est nécessaire pour sauvegarder l'intérêt commun.

Pourtant, avec des réflexes qui n'ont rien à envier aux communistes staliniens de jadis, le discours des techno-libéraux n'a pas varié d'un iota : la catastrophe des subprimes ? C'était la faute aux pauvres. Fallait pas qu'ils empruntent ! D'ailleurs, c'est la faute aux pouvoirs publics !

Avec une telle rhétorique, pas besoin de s'interroger sur les raisons de l'endettement forcé de la (feu) classe moyenne américaine pour survivre ou de sa mise à l'écart des richesses produites grâce à la mondialisation...

QUESTIONS HUMAINES

Il y a pourtant des questions qui s'imposent lorsque l'application du système néolibéral a de lourdes conséquences sociales et humaines. Par exemple vis-à-vis de la tragique série des 23 suicides constatés parmi les salariés de France Télécom depuis le début de l'année.

Un drame qui met directement en cause un style de management anglo-saxon qui est devenu la norme mondiale : sacralisation des chiffres, pression croissante sur les salariés, diminution des moyens associés à une exigence exponentielle de résultats, formes d'amoralisme dans les moyens de vente utilisés.

Une manière de faire qui rompt avec la tradition du « savoir-faire » et qui se révèle souvent contre-productive... sauf pour les grands actionnaires qui réalisent de confortables profits, par exemple par la diminution de la masse salariale d'une entreprise (licenciements ou restructurations dont le seul objectif est d'augmenter les dividendes).

ANALYSE "INCOMPRÉHENSIBLE"

L'IFRAP, laboratoire d'idées dédié à la diffusion de la pensée néolibérale propose une lecture toute personnelle de cette grave crise. Tout d'abord, le suicide est « un drame intime, mystérieux et incompréhensible de l’extérieur.» Belle définition qui laisse peu de place à l'analyse... Heureusement que nombre de professionnels de la santé font davantage d'efforts pour comprendre ce qui amène un être humain à se supprimer afin de l'aider à s'en sortir. Et lorsque des envies de mourir apparaissent au sein d'une même entreprise, d'une même population, il y a peut-être de quoi trouver des raisons.

L'auteur du papier préfère égrainer les chiffres statistiques du suicide en France. Une statistique, ça fait toujours bien : « le taux annuel de décès par suicide en France est de 18 à 20 pour 100 000 habitants. France Télécom emploie 100 000 salariés. Environ 14 de ses salariés se sont suicidés en 2008 et le nombre sera probablement similaire en 2009 ».

Vous comprenez le raisonnement ? En gros, en moyenne, il y a autant de suicidés ou de tentatives de suicides à France Télécom que dans le pays. C'est juste normal. Le problème, c'est que la population d'une entreprise est différente de la population d'un pays (âge notamment); que les salariés qui sont passés à l'acte à France Télécom sont déjà au nombre de 23 en ce mois de septembre (pour une période de 18 mois - mise à jour 30/09 : 24 suicides).

Manifestement, une employée qui s'est défenestrée en pleine réunion, ce n'est rien de plus qu'une regrettable donnée issue d'une moyenne nationale. Un salarié qui se plante un couteau dans l'abdomen au bureau, cela reste un geste « mystérieux ».

MIEUX VAUT NE RIEN DIRE !

Continuons la lecture : « L’action préventive des syndicats et de la direction de France Télécom aurait constitué la vraie solution. » Vu la récente réaction – hallucinante, froide, distante – du directeur Didier Lombard, on peut légitimement penser que la direction a mis bien du temps à ouvrir les yeux. Que penser de ce plan d'aide aux employés destiné à « cibler les faibles » ? Vous voulez en finir avec la vie ? Cela ne vient pas du système dans lequel vous évoluez, mais de vous. Parce que vous êtes faibles. Vous n'y arrivez pas. Imagine-t-on un salarié déclarer avec joie qu'il se sent « faible » comme s'il était considéré comme le « maillon faible » ? Autant ne rien dire.

D'ailleurs, voilà le conseil de l'IFRAP : « Médiatiser et utiliser les suicides pour dénoncer des conditions de travail peut devenir nécessaire. Mais attention, cette méthode présente le risque de banaliser le suicide ou de le valoriser, et ainsi de provoquer une épidémie de cet acte de désespoir. »

Alors autant ne pas en parler, cela va donner de mauvaises idées aux autres ! Cette vague de suicide risque de devenir une vraie... « mode ». C'était déjà le mot employé par le patron de France Télécom. La vision du problème est la même. Voilà une belle délocalisation du bon sens.

LE MEILLEUR DU PIRE

Gardons le meilleur du pire pour la fin : « Dans le cas de France Télécom, ces suicides conduisent à poser des questions sur la façon dont ces fonctionnaires ont été gérés (voire conditionnés) au temps où ils faisaient partie d’une administration publique. Des salariés de Molex ou de Continental ont été licenciés à 50 ans dans des bassins d’emploi en crise. Les fonctionnaires de France Télécom sont au pire mutés en conservant leur ancienneté, leur salaire, leur augmentation à l’ancienneté et leur garantie de retraite. »

Vous avez bien lu... Si les employés de France Télécom sont désespérés au point d'en venir au suicide, c'est parce qu'ils ont été auparavant « fonctionnaires ». Autrement dit, faignants et peu habitués à soutenir des cadences élevés de travail.

En ce temps-là, ils étaient d'ailleurs « conditionnés ». Tout le contraire d'aujourd'hui où l'épanouissement règne. Le fonctionnaire est un éternel bouc-émissaire... Et puis de quoi se plaint-il ? Ils garde son emploi... Au pire, il sera « muté » et conservera son argent et sa « garantie de retraite », ce privilégié ! Alors son bien-être au travail, il peut bien faire une croix dessus.

TRAVAILLER MIEUX POUR VIVRE PLUS

Pour bon nombre de personnes, l'argent ne fait pas le bonheur. Dur à croire pour certains. Des employés préfèrent le travail bien fait, le respect de certaines valeurs. Ils n'apprécient pas d'être balancés de services en services sans raison, de voir se détruire leur outil de travail. Le tout sous le couperet d'un manager sans dignité qui pratique le harcèlement moral : lorsque telle personne peut apparaître et exercer dans une entreprise, c'est moins sa faute que celle du système qui le produit (voir ici le témoignage d'un manager de FT-Orange).

Cette minoration du problème laisse sans voix. Elle montre que certaines priorités évidentes ne le sont plus : à la bourse, on doit privilégier la vie. Pourtant, les « experts » techno-libéraux sont toujours invités dans les médias; Barroso rempile paisiblement à la tête de l'Europe et le gouvernement français continue de mener une politique libérale. Cherchez l'erreur. Ou plutôt, cherchez la force politique alternative et crédible capable de s'opposer à leur vision de la société. Pour le moment, elle n'existe pas.

Commentaires

1. Le mardi, septembre 22 2009, 09:11 par oma

Il me semble que tu oublies le meilleur, quand il écrit : "les Conti se sont bien fait virer, ils ne se sont pas suicidés, eux !".

Merci pour l'article

2. Le mardi, septembre 22 2009, 15:15 par XXX

complètement dingue

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