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Wall-Street déraille avec le TGV (Trading à Grande Vitesse)

                               Depuis l'avènement de la crise financière, le trader a mauvaise réputation. Spéculateur parfois démesuré, voire escroc, il a perdu son aura de golden boy. Mais d'autres systèmes se sont déjà mis en place pour persévérer dans la funeste voie du gain facile sans foi, ni loi... Grâce à des ordinateurs surpuissants, certains acteurs du marché (banques ou hedge funds) pratiquent l'hyper-frequency trading, sorte de trading à grande vitesse. Ne laissant aucune chance aux investisseurs plus lents, ils biaisent les marchés et engrangent de colossales sommes d'argent par pure spéculation.

Imaginez un fond d'investissement X. Dans notre brave monde capitaliste, il souhaite acheter sur un marché boursier des actions. Au mieux, il parie sur une entreprise qu'il pense capable d'innovation, d'inventivité et de réussite. Au pire, dont il espère seulement et par tous les moyens possibles de beaux dividendes.

PAS ASSEZ RAPIDE

Le fond X donne un ordre d'achat au marché. Cet ordre va mettre un certain temps pour être effectif : il doit être transmis pour être réalisé. Pour faire une comparaison, le temps que le téléphone sonne et que la bourse concernée décroche.

« L'hyper-frequency trading » consiste à profiter de ce laps de temps pour vendre et acheter des actions à grande vitesse. Alors que le téléphone sonne toujours, des spéculateurs munis d'ordinateurs ultra-rapides vont dans un temps infinitésimal être au courant de l'ordre d'achat du fond d'investissement X.

Puis, ayant pris connaissance de cet ordre encore non-effectif, les « hyper-spéculateurs » vont inonder le marché concerné avec d'autres ordres d'achats. Ce qui ne manque pas d'influencer légèrement à la hausse le cours de l'action désirée.

Lorsque l'ordre du fond d'investissement X est enfin validé, ceux qui ont pratiqué le TGV (Trading à Grande Vitesse) n'ont plus qu'à revendre leurs parts pour réaliser un petit bénéfice, tenant de la pure spéculation. Risque pour eux : zéro. Conséquence pour le fond d'investissement X : être pris pour un gogo.

L'ORGASME SPÉCULATIF EN 0,03 SECONDE

Un petit profit, certes. Mais reproductible des milliers de fois. Jusqu'à représenter un profit (moins petit celui-ci) qui s'est élevé l'année dernière à... 21 billion de dollars (source : Tabb Group).

En français, pour information, un billion correspond à mille milliards.

Le tout pour une opération qui se joue en moins de... 0,03 seconde. Quand on pense que certains travaillent un mois pour toucher un SMIC, vraiment, quelle perte de temps !

Évidemment, nos ingénieux spéculateurs sont déjà partis avant même que l'investisseur lambda ne s'aperçoive de leur présence. Imparable.

La démonstration est ici caricaturée. Les détails plus techniques ont été exposés dans un article du ''New York Times'' (24/07).

Un schéma explicite le système.

Mais l'essentiel est là. Il existe un système qui grâce à sa vélocité, grâce à l'exploitation des technologies informatiques ultra-modernes, pouvant pourquoi pas compter sur la généralisation au niveau mondial d'un réseau en fibres optiques, peut rapporter à ses utilisateurs - qu'ils soient eux-mêmes des fonds d'investissements ou des banques - d'immenses gains en anticipant les opérations d'autres acteurs classiques du marché, moins équipés et floués.

LUCKY LUKE

Le dernier exemple de spéculation à grande vitesse date du 15 juillet. Les analystes boursiers pouvaient prévoir une hausse du cours de l'action de la société Broadcom, spécialisée dans les semi-conducteurs, du fait des affaires florissantes d'Intel. En effet, le célèbre fabricant de processeurs connaît une jolie progression. Rien d'étonnant par conséquent à ce que l'un de ses « fournisseurs » en profite aussi, devenant un bon investissement.

Le résultat décrit par le New York Times est que « the slower-moving investors paid $1.4 million for about 56,000 shares, or $7,800 more than if they had been able to move as quickly as the high-frequency traders. » En résumé, le quidam lent paye plus pour la même action que celui qui lui est passé devant, étant au courant de ses intentions grâce à sa rapidité d'intervention sur le marché.

Les Lucky Luke de la finance, qui tirent plus vite que les pauvres hères du marché, ont leur ordinateurs surpuissants parfois « abrité à côté des machines qui conduisent certains marchés comme le New York Exchange ». Elles sont « capables de transmettre des millions d'ordres à la vitesse de la lumière. (…). Ces systèmes sont si rapides qu'il peuvent déborder et dépasser n'importe quel autre investisseur, humain ou automatisé. Et après avoir grandi dans l'ombre durant des années, ils font parler d'eux. » (NYT - 24/07 - CHARLES DUHIGG)

MORALISER = LAISSER-FAIRE

Désormais, il y a donc ceux qui ont la technologie et les autres. Une fracture ou plutôt un trou noir numérique et financier qui révèle une fois de plus le vrai visage du capitalisme actuel : il est impossible, dépassé et inepte de vouloir le moraliser ou de lui racheter une bonne conduite.

Pourquoi ? Parce qu'il cherche indéfiniment et inlassablement les moyens de faire du profit sans créer nulle richesse réelle ou faciliter quelque innovation.

La phrase - un peu facile - « la crise, c'est pas pour tout le monde » prend ici tout son sens :

« Des personnes à Wall Street se demandaient comment des fonds d'investissement et d'importantes banques comme la Goldman Sachs arrivaient à faire tant d'argent si peu de temps après que le système financier avait été proche de l'anéantissement. » (NYT - 24/07)

Et bien, c'est simple. D'une part, ces banques et autres acteurs du marché indélicats et prêts à tout ne considèrent pas cette pratique comme déloyale... Ensuite, ils s'aiment tellement qu'ils ont pris le train. Celui du TGV. Même pas en première. Ils ont jeté le conducteur (régulateur) par la fenêtre. Ils conduisent le train pendant que ceux qui ruminent le regarde passer.

Commentaires

1. Le jeudi, juillet 30 2009, 14:10 par oma

A noter également dans l'article du NYT : "While markets are supposed to ensure transparency by showing orders to everyone simultaneously, a loophole in regulations allows marketplaces like Nasdaq to show traders some orders ahead of everyone else in exchange for a fee."

Une option spécialement conçue pour ces ordinateurs, donc.

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