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La cause de plus en plus d’arrêts de travail en France : le chômage

De plus en plus d’arrêts maladies « abusifs » seraient constatés en France, selon La Tribune (09/06). Au premier trimestre 2008, le versements des Indemnités Journalières (IJ) présentent une hausse de 6,4%. Or, la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM), chargée de mener des contre-visites médicales annonce que « sur le 1,2 million de contrôles réalisés en 2008 sur les arrêts de travail, près de 130.000 ont reçu un avis défavorable des médecins de la Sécurité sociale. » Mais que fait Frédéric Lefebvre ? Ce dernier a fait preuve d’une anticipation incroyable pour régler définitivement le problème en proposant que les malades travaillent... Dans le fond, cette bataille de chiffres est une vieille lune. Les aspects discutables de ce genre de statistiques sont rarement rappelés. Le fond du problème éventuel (crise sociale, mauvaises conditions de travail...) est souvent oublié. La hausse du chômage aussi, bien plus coûteuse pour la société. Cette dernière provoque un arrêt de travail complet qui, lui, met l’action politique gouvernementale en première ligne, communication ou pas.

La CNAM vient de faire « un bilan de ses opérations de contrôle en 2008 ». Selon Véronique Chocron, journaliste à La Tribune, « il en ressort que la progression rapide des arrêts de travail, inhabituelle en période, de chômage et de chute de la masse salariale, ne s’explique pas par un relâchement de la politique de contrôle des médecins-conseils de la Sécurité sociale. » Question com', l’honneur de Frédéric Lefebvre est sauf. Celui de Nicolas Sarkozy aussi. Cela aurait été dommage que sous un gouvernement si attaché à la « culture du résultat » et aux contrôles dans tous les domaines, l’administration sous son pouvoir eût démontré quelques faiblesses...

STATISTIQUES ABUSIVES

Pourtant il y a bien une faiblesse méthodologique. Présenter des pourcentages lorsqu’on ne parle que de contrôles particuliers, liés à certaines maladies pose déjà un problème. Par exemple à propos des arrêts de courte durée et des « arrêts répétés et certaines pathologies comme les lombalgies ou les temps partiels thérapeutiques » comme l’indique l’article de la Tribune. En ciblant les contrôles de cette manière (285 000), on arrive à 13% d’avis défavorables qui sont interprétés immédiatement comme «abusifs».

Là encore, ce n’est pas si simple. Qu’est-ce qu’un « avis défavorable » ? Voici le témoignage interne d’un employé de la CNAM (repris par le journal PlanB) :

« Petit exemple d’une pratique observée localement : soit monsieur X, en arrêt de travail et convoqué au SCM. Monsieur X, qui est un assuré consciencieux, se rend à son rendez-vous car sinon ses indemnités journalières lui sont sucrées d’emblée. Donc, il se ramène chez nous et se fait examiner par un médecin-conseil (MC). La logique voudrait que si X souffre d’une pathologie ne lui permettant pas de reprendre son travail, le MC de la Sécu justifie son arrêt de travail. A contrario, si X fait partie des 6% de simulards, le MC transmet à la caisse primaire (chargée de notifier la décision à l’intéressé) un avis défavorable et une reprise de travail. Or, quelquefois, alors que la personne est vraiment maladie, le MC transmet quand même un avis défavorable... à compter de la date de fin de d’arrêt de travail. En clair, l’arrêt de travail de X va du 10 au 15 novembre, et le MC transmet un avis défovarable à compter du 16 novembre. Quel intérêt, me direz-vous, de se livrer à une telle acrobatie ? Il est double : d’abord, au niveau statistique, cette manipulation frauduleuse permet de gonfler le chiffre des arrêt de travail non justifiés et donc d’entretenir le mythe fascinant d’une horde de médecins complaisants et de travailleurs tire-au-flanc, ensuite, par son effet psychologique sur l’intéressé, il participe à l’effort national visant à culpabiliser, et donc à dissuader, les travailleurs tentés par un congé de maladie. (...). »

LA DROITE AU POUVOIR RENDRAIT-ELLE MALADE ?

Bigre... Les statistiques pourraient-elle être un instrument politique ? C’était la thèse soutenue avec une argumentation sérieuse par le livre « Le Grand Trucage », rédigé par un collectif anonyme sous pseudo, Lorraine Data. « Travaillant au cœur des organismes chargés de produire les données statistiques servant notamment à évaluer les effets de l’action gouvernementale », ses membres ne supporteraient plus « la manipulation des chiffres » qui « s’est amplifiée ». Tout augmente décidément !

Justement, plus étonnant encore, depuis 2003, le taux d’arrêt abusifs aurait doublé. Mais qu’ont donc fait les divers gouvernements de droite entre temps ? Manifestement, la boulimie de chiffres de quelques-uns ne semble pas être récompensée. Pire, elle rend malade ! Et si on surveillait mieux les effets d’annonce au lieu de surveiller les malades ? Il y a certes une poignée de malades imaginaires. Il y a aussi des tartuffes.


  • Le site d’information médicale Metge, hébergé par l’association FDN (French Data Network) propose d'excellentes analyses sur la question :

1) Quelle est la fréquence des arrêts de travail ?

2) Toujours plus ! D’arrêts, de contrôles ?

3) Articles dénonçant les abus remis en question point par point

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