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Le Parti Socialiste a-t-il encore un (désir d’) avenir ?

2009-06-08_042456.jpgAux élections européennes de 2004, le Parti Socialiste avait réuni 29% des suffrages. Certes, il bénéficiait d’un réflexe de survie, suite au cataclysme du 21 avril 2002. Aujourd’hui, le PS ne représente plus que 16 % du jeu politique et devient minoritaire à gauche. A égalité avec la formation Europe Écologie de Daniel Cohn-Bendit, qui rafle la mise de belle manière. Sur les plateaux de télévision, les figures (blêmes) du PS ont égrainé des clichés pour expliquer cette nouvelle désillusion. Depuis plusieurs scrutins, ce sont toujours les mêmes : il faut « assumer » la défaite, être « responsable » devant les Français, puis « travailler à la rénovation du parti » avant de « rédiger un programme », « trouver de nouvelles idées » et enfin « rassembler ». Mais que fait ce parti depuis qu’il a quitté le pouvoir il y a 7 ans ? Il aime jouer aux échecs. La reine est-elle mat ? Non, la première secrétaire Martine Aubry préfère mutualiser les pertes. Et pour les profits individuels, tout le monde attend 2012.

Au Parti Socialiste, les soirs de défaites électorales se suivent et se ressemblent. A peine les résultats des européennes annoncés, ses ténors ont chanté avec application la même ritournelle sur les plateaux de France Télévisions.

« Nous payons la cacophonie des égos. Il faut travailler à la réunion de la gauche. Comment bâtir une stratégie pour concurrencer Sarkozy en 2012 ? » (Hamon, non réélu). « Nous nous sommes immobilisés. Nous avons besoin de voir le passé. Nous avons la responsabilité de nos résultats. Il faut entamer le début d’une reconstruction, créer le nouveau parti de toutes les gauches » (Montebourg). « Nous devons faire un calendrier de travail dans les mois qui viennent » (Valls). « Il faut comprendre la défaite. Faire les changements qui s’imposent, y compris à l’intérieur du PS » (Moscovici). Quelle inspiration !

A force d’invoquer un « changement de logiciel », l’ordinateur du PS va peut-être rendre l’âme. Les Français, à force de voir ce socialisme qui parle d’idées à « inventer » comme s’il n’en avait aucune, comme s’il était incapable d’en générer durant des années, vont finir par croire que son encéphalogramme est irrémédiablement plat.

Mutualisation des défaites électorales

La première secrétaire Martine Aubry a donné le ton avec un cours magistral en matière de « mutualisation des pertes ». Lors de sa déclaration à Solférino, peu après avoir parlé de la crise, celle-ci a mis en avant une « responsabilité collective d’abord ». Dire « Nous » évite toujours de nommer des responsables. Ne pas aimer le « Je » permanent est une chose. Refuser de regarder en face une crise majeure de leadership au sein d’une formation politique en est une autre.

Les Français se sont exprimés ? « Je prends toute la mesure, ce soir, de la responsabilité du Parti Socialiste dans cet échec. » affirme la maire de Lille. Ou encore : « Je comprends leur message... », marquant une pause..., « en ce qui concerne le PS. » Les raisons de l’échec sont « collectives », ça, on l’aura bien compris.

Tout ça, c’est aussi la faute à Sarkozy : il n’a « pas dit ses vrais projets ». Hou le menteur ! Il a joué sur « le thème de la sécurité, au prix d’un renforcement de la droite extrême ». Quel méchant président ! L'anti-sarkozysme, ça eût payé. Place aussi aux incantations : « Notre PS a souffert de division. Je mets toutes mes forces pour le rassembler. (...) Le PS a besoin d’une profonde refondation. Rénovation des idées ».

Mais combien de fois a-t-on entendu ces mots ? Retour à la même case départ depuis quelques années. Avant de lâcher cet aveu édifiant, après avoir bafouillé à plusieurs reprises : « Nous ne sommes pas encore crédibles ». Tendre le bâton pour...

Choix discutables non discutés

Le Parti Socialiste s’est effondré. Pourtant, un bon résultat n’était-il pas envisageable au vu des circonstances sociales liées à la crise ? Approcher les 25 % tenait-il de l’utopie ? Faire réagir l’électorat traditionnel de la gauche, ouvriers et classe moyenne à bas revenus, était-il impossible ?

Vu les circonstances (crise, politique peu sociale - sic - de Nicolas Sarkozy...), certainement pas. L’échec de l’actuelle direction du PS n’en est que plus grand. Pourquoi, par exemple, ne pas avoir choisi d’animer une campagne sur le thème des « Etats-Unis d’Europe » ? Certes, les « experts » peuvent affirmer que l’idée est galvaudée... Mais elle demeure fédératrice. De l’or au sein d’un parti qui se déchirait au moment du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen en mai 2005.

Comment le militant de base peut-il réagir en entendant ces discours copiés-collés d’une élection à l’autre, à propos d'une re-re-refondation de leur parti ? A priori, mal. Peut-être sera-t-il tenté de regarder ailleurs... Il apercevra par exemple Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) qui rôde avec ses petits 6 % obtenus ce dimanche, prêt à grignoter d'autres voix au PS.

La rhétorique du sénateur (élu avec l’étiquette socialiste, mais toujours en place sous l’étiquette du Front de Gauche) est néanmoins décourageante pour lui. Le Parti Socialiste ne serait pas la « vraie gauche ». La vérité socialiste est donc ailleurs. Sur la scène politique française, il faut « rompre avec tout rapprochement vers les centristes ». Et prévoir quelques décennies avant un éventuel retour au pouvoir ?

La posture consistant à dénoncer une gauche qui se modernise tout en l’empêchant mécaniquement de conquérir le pouvoir est peu compréhensible. Diaboliser toute approche avec le Modem et laisser l’électeur de gauche subir son « enfer sarkozyste » est étrange. A moins d’être soi-même peu concerné par les conséquences sociales d’une politique néoconservatrice ? Quelle personne arrivera-t-elle à réunir toutes ces gauches auto-proclamées authentiques ?

Bref, le militant de base et le Français encore intéressés par ce qu'il reste du Parti Socialiste espèrent autre chose. A force de parler d'idées à trouver à chaque élection perdue, ça donne envie.

Qui est vraiment « nous » ?

La crise est partout. Le PS est nulle part. Les brèches pour lancer des réflexions étaient pourtant nombreuses. Les possibilités d’innover innombrables. Lesquelles ? Rabâcher l’idée d’un « Nous » sans l’investir était inutile. Qu’est-ce que ce « Nous » ? Voilà la question simpliste à laquelle le Parti Socialiste n’a répondu que par l’utilisation d’un « gimmick » pour se protéger des défaites.

Il y avait pourtant là un formidable catalyseur d’innovations. Les bases sont toujours les mêmes : mieux redistribuer les richesses face à une droite néoconservatrice qui atomise la société, appuyée par la généralisation d’un mode de vie consumériste et renfermé sur lui-même.

Il ne faut pourtant pas avoir peur de l’individu lorsque celui-ci est intégré dans un projet commun. L’écologie peut en être un... Dany le Vert l’a compris depuis longtemps, avec talent. A fortiori lorsque les économies sont encore trop différentes au niveau européen. Le Parti Socialiste aurait pu en inventer un autre idéal, à caractère social. Quid notamment du domaine de la coopération ?

La Droite se réclame de Jaurès ? Pourquoi le PS ne se réclamerait-il pas de Tocqueville en reparlant de « l’intérêt individuel bien compris » ? Le Parti Socialiste pouvait parler des peuples. C’était même son devoir. Parler de ce en quoi ils sont mutuellement redevables. Et parler des avantages communs plus que comparatifs. En un mot, faire du socialisme au niveau européen. Dénoncer le dumping social est nécessaire. Faire savoir en quoi chaque peuple européen peut être redevable de l'autre l'est tout autant.

Le PS semble au point mort, comme s'il était désœuvré. Quelques cadres du PS, par leurs déclarations, démontrent qu'ils ne savent plus quoi faire. Or, « le plus grand ennemi du progrès est le sentiment qu’il n’y a rien à faire. (1) »

(1) Robert Reich

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