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Le député UMP Frédéric Lefebvre veut mettre les malades au travail

LEFEBVRE33955.jpgDans le cadre de l’adoption de la loi sur le télé-travail, Frédéric Lefebvre propose d’autoriser les personnes en arrêt-maladie à continuer leur activité depuis chez eux. Pure provocation ? Le porte-parole de l’UMP prépare son amendement. Et démontre à la fois son ignorance de la vie en entreprise et sa haine du modèle social français.

ACTUALISATION 02/06 : cet amendement peut être considéré comme un écran de fumée ayant permis de voter le projet de loi Poisson, qui est une grave remise en cause du contrat de travail lui-même selon Sylvain Lapoix pour Marianne2.fr

Interviewé par le site internet du Figaro (27/05), le porte-parole de l’UMP souhaite « permettre à des personnes en arrêt-maladie (...) de continuer leur mission ». Frédéric Lefebvre va jusqu’à parler d’un « nouveau droit au salarié ». Travailler en étant malade ou en repos contraint... Un nouveau droit ! On croit rêver.

MISSION : DÉTRUIRE LE DROIT SOCIAL

L’arrêt-maladie permet de se soigner tout en étant indemnisé. Il s’agit d’un pilier du droit social. Celui-ci a même un intérêt économique : un travailleur qui récupère pleinement ses facultés peut ensuite reprendre son activité sans perte de productivité sur le long terme.

Un mauvais traitement, des soins bâclés, un repos pris à moitié à cause d’une activité maintenue peut rimer avec une rechute. Avec un coût supplémentaire pour l’entreprise. Sans parler des conséquences pour le salarié : un stress supplémentaire inévitable qui est nuisible à toute remise en forme (fait médical démontré). Et comment croire qu'un homme malade ou au repos travaille aussi bien qu'un bien-portant ? Quelle plus-value pour l'employeur au bout du compte ?

Des chefs de projet, des ingénieurs ou encore des professeurs n’ont pas attendu Frédéric Lefebvre pour exercer leur conscience professionnelle et assurer (lorsque leur état de forme le leur permet) une continuité des travaux en cours. Chacun est capable de définir ses limites. Et un patron responsable sait être mesuré dans ce cas de figure. Ce dernier sait aussi gérer un appel éventuel à un intérimaire. Rappelons au porte-parole de l’UMP le grand professionnalisme (et l'efficacité) des intérimaires : il semble l'ignorer.

IDÉOLOGIE RIDICULE

Vouloir encadrer par le droit telle situation relève de l’ineptie. En gommant un peu plus les limites entre la sphère de l’entreprise et la sphère privée, on veut faire croire que le travail en entreprise est un continuum qui ne peut être rompu.

Un tel dispositif légal sous-entendrait une constante mise en concurrence des employés. En effet, comment refuser de travailler en étant souffrant en sachant que l'arrêt-maladie est remis en cause dans sa finalité ? Et si le malade peut travailler, alors pourquoi maintenir le dispositif social de l'arrêt-maladie ?

La logique est exactement la même que pour la loi relative au travail le dimanche : en théorie, un employé peut lors de la signature d'un contrat préciser qu’il ne souhaite pas travailler le dimanche. En pratique, il se retrouve discriminé d'emblée par ce choix par rapport à d'autres candidats plus corvéables.

INSÉCURITÉ SOCIALE

Lefebvre parle de corriger une « insécurité : les salariés sont remplacés et ne sont pas certains de retrouver à leur retour le même poste. Ce serait une façon pour eux de garder le contact avec leur entreprise. »

Le code du travail n'est pas respecté ou assez protecteur ? Tuons le code du travail ! Dans cette optique du monde du travail et de la cohésion sociale, c'est bien le porte-parole de l'UMP qui rajoute de l'insécurité par une pression accrue sur les travailleurs, en voulant contrôler leur santé. Inventer les télé-malades, il fallait oser. Il s'agit d'une incroyable confusion dans la définition du télé-travail, qui peut par ailleurs être très utile.

Enfin, ce projet ne manquerait pas de créer une nouvelle usine à gaz, qui aurait toute sa place à côté de la loi TEPA et de l’exonération des charges pour les heures supplémentaires... Qui prendrait en charge l’indemnisation des «travailleurs-malades» ? L'employeur ? La Sécurité Sociale ? Une heure par ci, une heure par là...

Lefebvre ose «imaginer que certains, en pleine forme, travailleraient à plein temps, d’autres seulement deux heures par jour.» C’est bien connu, la grippe laisse toujours un temps de lucidité entre 18h et 20h. Et il faudrait aussi organiser des contrôles pour constater que le travailleur-malade travaille bien... en étant malade. Des fois qu’il profite d’un médecin complaisant pour bosser depuis chez lui...

Tout ça pour quoi ? «Il peut y avoir une incitation financière pour le salarié.», affirme le député. Après «travailler plus pour gagner plus», «souffrir plus pour gagner encore plus». A quand «travailler mieux pour vivre mieux» ?

ARRÊT-INEPTIE

Comme tous les députés, l’homme a une fiche de présentation sur le site de l’Assemblée Nationale. Dans la rubrique «informations générales», là où apparaît par exemple pour Nathalie Kosciusko-Morizet «Ingénieur», aucune profession n’est précisée pour Frédéric Lefebvre. Que faut-il en déduire ? Qu'un retour à la réalité du monde du travail s’impose pour le porte-parole de l’UMP. Docteur, de grâce, signez-lui un arrêt-ineptie.

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