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« Baby, baby, baby » : le buzz vidéo beauf 2.0

baby-baby-baby.jpgPrenez trois jeunes femmes. Faites-les défiler dénudées en plein Paris. Filmez-les. Provoquez. Diffusez le contenu sur un site web grand public. Contactez quelques médias complices. Laissez mijoter une polémique. Bravo, vous avez obtenu le nouveau buzz vidéo beauf 2.0. Une recette idéale pour vendre un disque et faire de l'argent. Tout en économisant un maximum sur la promotion : un rêve pour l’industrie musicale. Voici après la loi Hadopi un nouveau cauchemar pour la création artistique.

« Baby, Baby, Baby » commence avec un 4x4. Normal, c’est une vidéo de beaufs. Une jeune fille longiforme s’extirpe du tank. Elle retire sa jupe et entame un défilé apparemment toute nue dans une rue parisienne. Deux autres demoiselles en tenue d'Ève vont la relayer.

Sont-elles vraiment nues ? Dans le clip vidéo, publié gratuitement sur Dailymotion.com, leurs parties intimes sont masquées par des rectangles noirs. Dans la réalité, celles-ci ont été sûrement recouvertes de discrets caches-sexe (et tétons).

Avocats et associés

On l’espère en tout cas pour Pierre Mathieu (animateur de télévision) et Greg Kozo (utilisateur de sampleur), tous deux auteurs du projet. Quel dommage si leurs futurs bénéfices liés à la vente du disque - dont la vidéo fait la promotion - étaient dilapidés dans un procès pour atteinte à la pudeur ! Car la nudité en public paraît toujours être un délit en France. Mis à part peut-être dans les camps de naturistes et sur TF1 au moment des publicités...

Seuls les témoins de la scène rue Montorgueil connaissent la vérité toute nue. Comme par exemple ces parents (voir visuels) dont les enfants de moins de 15 ans ont assisté à la scène sans violence, ni contrainte, ni surprise sur leur personne. Soyons rassurés, des avocats auront sans doute bien conseillé nos acolytes faiseurs de buzz avant qu'ils ne passent à l’acte...

make-the-girl-dance.jpg

Sans contrat ?

Pierre Mathieu et DJ Kozo communiquent pourtant sur la « fraîcheur » de leur produit. Interviewés, ils affirment que le tournage du clip n’a coûté que « 650 euros » et que rien n’était prémédité.

Faut-il donc comprendre que la prise de vue ait été réalisée sans assurances, sans contrats et a priori sans rémunérer la performance des trois jeunes femmes ? Que se serait-il passé en cas d'accident ? Ou en cas d'interpellation par les forces de l’ordre ? Qui aurait été responsable ?

Les demoiselles auraient été engagées « gratuitement sur Facebook ». Il y a pourtant des bénévolats plus enrichissants...

Question budget, envisageons le prêt d’un rutilant 4x4 tout neuf par un ami bling-bling. Il reste encore la location des matériels de tournage et de montage (ou leur achat) et le coût de la postproduction (effets spéciaux). Tout ça pour moins de 1 000 euros ? Sans avoir de boîte de production derrière soi ? La magie du spectacle dans toute sa splendeur.

N’oublions pas l’effort lié à la chanson. « Baby, Baby, Baby » déroule des paroles explicites. Propres à créer une polémique autour de l’image de la femme, la société actuelle, la triste réalité qui fait du mal ou du bien, notre monde post-moderne, etc., etc... Autrement dit un concentré de provocation gratuite pour vendre un contenu payant.

Les grands esprits se rencontrent

Aller sur n’importe quel site publiant la vidéo et lire les commentaires suffit pour se rendre compte des dégâts que peut faire cette arme vis-à-vis de la cohésion sociale. La formule était déjà connue avec le clip « Stress » de Justice. Un groupe d’ailleurs cité : « Je veux être dans le top de Justice » / « La main de Gaspard sur ma cuisse ».

Le reste des paroles traite d’Ipod, d’Amex Black, de Denisot et de coke : un résumé de superfluités qui travaillent la tête de quelqu’un qui a lu Frédéric Beigbeder à la place de Bret Easton Ellis ; qui regarde la télé au lieu d’aller au cinéma et qui consomme trop au lieu de vivre.

Le DJ Greg Kozo a déclaré « être surpris par le succès » du clip et ne pas avoir en réserve de titres pour fournir un album complet. Qu’il se rassure ! Vu la qualité du single, il n’aura pas trop d’efforts à faire pour composer la suite. Une vraie déception de la part d’une personne qui fait de la musique depuis 17 ans pour en arriver là... Avait-il besoin de ça ?

Rencontre dramatique

« Baby, Baby, Baby » est en quelque sorte la dramatique rencontre entre Bob Dylan (rappelez-vous du fabuleux « Subterranean Homesick Blues ») et d'un producteur de pornos lambda capable de faire de l’argent en exploitant l'image des autres. Mis à part quelques exceptions certes notables, ce dernier se met rarement en avant. Il laisse "les filles" travailler.

Les nus en public vendus comme produit érotique, voire pornographique, sont en pleine expansion sur le web. Si les sexworkers (au sens défini par la réalisatrice de films X Ovidie) y trouvent leur compte, tant que cela demeure dans un cadre légal, c’est leur problématique. En revanche, y trouver son inspiration pour faire le marketing d'un objet dédié au grand public, c’est autre chose.

Ici, les actantes ne sont même pas considérées comme comédiennes ou artistes. Pourtant, toute performance artistique est légalement entourée a minima. Par ailleurs, connaissaient-elles les paroles de la chanson avant de l’incorporer ? Que penser de la troisième dont le visage grimaçant démontre une grande pression au moment du tournage ?

Pourquoi parler de « Baby, Baby, Baby » ?

De nombreux jeunes créateurs ont un véritable talent authentique. Ils ont un projet artistique en musique, cinéma ou dans tout autre domaine, avec une vision du monde, de la plastique, de l'esthétique qu'ils aimeraient défendre et développer. Hélas pour eux, les moyens manquent. Ils n'ont pas un accès à un grand journal national grâce à des relations, ou droit à un plan médias (ce fut le cas pour Baby... avec Le Parisien). Leurs créations qui n'abrutissent pas le public ne font pas le buzz. Ils ne pensent pas à provoquer, mais à créer.

Au final, ils ne peuvent qu'assister au détournement de la culture populaire, au renforcement d’un grand « désordre émotionnel » (cf. Christophe Colera).

Parler de « Baby, Baby, Baby », c’est être préoccupé et gêné par les plus de deux millions de consultations de la vidéo. C’est remarquer un système qui singe la création artistique en se réclamant d’une fausse liberté et d’une fausse originalité.

La loi Hapodi vient d'être adoptée. Dans le domaine musical, elle permettra de faire durer ce système figé qui redistribue si peu aux artistes. Les majors ou même les intermédiaires de moindre ampleur n'ont qu'un seul but : faire de l'argent le plus vite possible en investissant non pas sur l'artiste et son œuvre, mais sur une étiquette et sa publicité. En la matière, le coup parfait est d'économiser sur la promotion pour optimiser au maximum les gains en aval. « Baby, Baby, Baby » propose ce service en étant complice. Tout se négociera par la suite dans un contrat avec un grand distributeur ou une maison de disques.

Gagner de l’argent, pourquoi pas. En ces temps de crise, il faudrait s’interroger sur la manière. Puisque Pierre Mathieu et DJ Kozo ont vanté leur capacité à tourner leur clip avec « 650 euros », proposons-leur un deal. Qu’ils se remboursent d’abord de leurs frais. Si le « succès n’était pas attendu », l’argent non plus. Pourquoi ne pas offrir les bénéfices de la vente de leur premier single à une œuvre caritative ? Liée à la défense des droits de la femme dans le monde par exemple.

Commentaires

1. Le lundi, octobre 26 2009, 13:41 par BillyJoe

Bien vu, un démontage en régle de l'arnaque ici:
http://www.agoravox.fr/culture-lois...

ou la:
http://www.lepost.fr/article/2009/0...

C'est navrant que Guitar Hero leur fasse maintenant de la pub ...

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