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Autoriser internet pendant les examens : la transformation des élèves en terminaux

Le Danemark est en train d'étudier la possibilité de laisser un accès internet aux élèves, y compris durant les épreuves du bac. Le journaliste Emmanuel Davidenkoff (France Info) a relayé cette information en signant une chronique sur le sujet. Est-ce vraiment une bonne idée ? Comment former des esprits libres en les raccordant uniformément à des terminaux ? Voilà qui paraît être impossible.

Rappelons d'emblée que le système éducatif danois n'a pas grand chose à voir avec le système français. D'abord à cause de la différence d'échelle et des possibilités laissées à l'élève de décider de son cursus sur le long terme.

Laisser internet à disposition des élèves pendant les examens : quelle est la position des élèves et professeurs danois ? La présidente d'une association de lycéens s'est exprimée en affirmant que « les examens doivent être le miroir de la vie réelle et quand vous écrivez des rapports au travail, vous utilisez internet » (source : politiken.dk). Les professeurs semblent quant à eux plus attachés aux problématiques liées au contrôle, à la tricherie.

Problématique de fond

David Abiker, toujours sur France Info a proposé ce matin un débat : faut-il envisager d'autoriser Internet pendant les épreuves du bac en France ? Hélas, ce type de débat ne présente peut-être pas la bonne problématique.

Tout d'abord, pourquoi imaginer qu'il faille absolument choisir entre la possibilité de laisser internet aux lycées durant les examens ou ne rien mettre à leur disposition ? Pourquoi généraliser une pratique ? Pourquoi ne pas imaginer tout simplement deux sortes d'épreuves ?

Les premières jugeraient de la capacité d'un élève à maîtriser un outil devenu aujourd'hui incontournable, de sa capacité à trouver de l'information pour s'en servir dans son travail.

Les secondes - cette fois sans internet - "contrôleraient" l'assimilation des savoirs par les élèves, pour eux-mêmes, et améliorerait leur potentialité de penser par eux-mêmes.

C'est sur ce dernier point que se situe en effet l'importance de cette question de la mise à disposition d'internet durant les examens. Généraliser internet n'a pas que des apports pédagogiques. Dire à un élève qu'il est aujourd'hui beaucoup plus important d'être capable d'organiser du savoir plutôt que de l'apprendre par cœur, c'est en partie vrai. Mais lui faire croire en même temps qu'il n'y a plus aucun effort à faire, qu'il n'y a dans son existence rien à conserver en lui (concepts, développement de savoirs et d'idées dans son esprit, augmentation de sa culture personnelle), qu'un terminal sera toujours là pour l'aider, c'est lui-même le transformer en terminal.

Former des esprits libres

La présidente d'association de lycées parlait de la vie active. Certes. Mais faut-il rappeler que l'école n'a pas pour seule vocation de former de futurs salariés bien calibrés ? L'école a pour but de former des esprits, de leur permettre de penser par eux-mêmes et d'être capables dans toute situation de mettre en œuvre un savoir, une pensée, une opinion. Savoir classer et organiser du savoir n'est pas suffisant. Il faut aussi pouvoir la contrôler, la jauger.

Formater un système avec l'aide perpétuelle d'internet, c'est uniformiser les savoirs en proposant des sources qui se ressembleront. C'est croire que sans travail en soi, pour soi, on pourra trier et organiser les informations externes sans être influencé et contrôlé. Une erreur totale.

Lorsque certains pédagogues mettent en avant l'importance du "tri de l'information", ils oublient que sans l'apprentissage d'un élève à retenir de l'information et estimer une source, ce dernier restera esclave d'un support et des idées diffusées.

L'apport de l'internet est déjà assimilé à la permission d'utiliser une calculatrice naguère pour les élèves en classe. Pratique qui, selon un professeur français a fait évoluer les examens. Mais pourquoi supprimer alors les examens de calculs mental en classe sans calculatrice ? C'est tout simple. Pourquoi ne pas faire les deux ?

Copié-discriminé

Le copié-collé fait déjà bien des dommages en classe. Comment faire comprendre à un étudiant qu'il est nécessaire de développer son originalité, son savoir, sa maîtrise personnelle de la culture si internet était généralisé lors des examens ?

Cette mesure serait de plus discriminante. Pour les élèves les plus favorisés, issus des familles les plus riches, cela ne posera pas de problème : le milieu culturel familial offrira toujours aux plus jeunes une culture autonome. Pour les travaux liés à l'internet, leurs outils seront meilleurs, les préparant mieux à maîtriser les nouveaux types d'examens.

L'importance du professeur - déjà décriée à tort, déjà négligée - sera encore diminuée. La mise en place d'un système dans lequel l'élève se retrouverait avec son sujet d'examen et internet, seulement, est à craindre.

La transmission du savoir, l'élaboration d'esprits libres est liée à la présence d'un professeur capable de former correctement ses élèves. Croire le contraire, c'est soit rêver, soit vouloir imposer un nouveau modèle éducatif dans lequel l'indépendance intellectuelle n'existerait plus. Dans ce cas-là, les élèves ne seront plus que des terminaux.

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