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2012 - PS : le lourd héritage présidentialiste de Lionel Jospin

2012.jpgRoyal n'a pas pris le Parti Socialiste mais la moitié de ses militants. Aubry hérite d'un attelage hétérogène né du peu cohérent «Tout Sauf Ségolène». Ce résultat ne va pas dans le sens du présidentialisme naguère renforcé par... Lionel Jospin. En 2012, les mêmes questions se reposeront autour du choix du candidat à l'Élysée. A la fin, il n’en restera qu’un(e). Aubry ? Personne n'y croit. Royal ? En l'état actuel du système, qui d'autre ?

Il ne l'aurait pas supporté. Voir Ségolène Royal prendre son parti, voir la personne qui incarne pour lui le pire du personnel politique accéder au poste de premier secrétaire... Le cauchemar de Lionel Jospin ne s'est pas produit. Mais un immense paradoxe demeure au sein du PS. Et il réapparaîtra pour l'élection présidentielle de 2012.

Calendrier électoral Lionel Jospin a été l'artisan contraint de la réorganisation du calendrier électoral. Alors Premier ministre, c'est lui qui a dû inverser ce dernier, installant l'élection du président de la République avant les législatives. Un geste qui ne faisait qu'accentuer un présidentialisme déjà inhérent à l'essence même de la Vème République, fondée autour d'un exécutif fort.

Cette « réforme » n'avait alors qu'une seule logique : servir son investigateur. Le premier ministre Jospin devait se faire élire pour un premier quinquennat, fort de son bilan positif, profitant du nouveau système. Avec un bonus en prime : être débarrassé de tout devoir de rendre des comptes à une gauche plurielle agitée, troquée contre une majorité docile, au moins pour un temps.

Ce n'est pas un hasard si à l'époque, Robert Hue (alors leader du PC) s'était opposé à cette modification du calendrier. Pas un hasard non plus si François Bayrou, fin observateur du système, voyait à quel point tel mécanisme politique pouvait lui être favorable : des « personnalités » sans parti peuvent aujourd’hui avoir des visées sur l’Elysée.

Un PS fort comme... l'UMP S’il avait été élu président, Jospin aurait fait naître un Parti Socialiste probablement monolithique au sein d'un système bipolaire. Les Français ne détestent pas la cohabitation, mais ils ne se désavouent pas en quelques semaines. Ils auraient offert cette assemblée-là au nouveau président. Une Assemblée nationale à ses ordres. On connait la suite, tragiquement jouée un certain 21 avril 2002. On sait comment un certain Nicolas Sarkozy a su ramasser les billes d’un tel système en 2007...

La position présidentialiste n'a jamais été assumée par Jospin. N'est-ce pas lui qui déclarait en décembre 2000, lors d'un conseil national du PS à Paris : « Je ne suis pas présidentialiste. Je n'étais pas pour la présidentialisation du régime hier, je ne le suis pas aujourd'hui, je ne le serai pas demain » ? Des excuses et une fuite, déjà. Une gêne qui se retrouvait plus anciennement encore au congrès de Rennes en 1990, lorsque le meneur de la gauche plurielle soupçonnait Laurent Fabius de vouloir transformer le PS en un « parti de supporteurs ». Le vocabulaire qui fait mal, déjà.

Alors que Laurent Fabius était prêt à tout pour exercer sa « virtù » au bon moment, Jospin se tirait directement une balle dans le pied gauche. Les militants l'ont quitté. Et les supporteurs avaient déserté.

Du difficile retour de la gauche au pouvoir Malheur au vaincu. La cohabitation disparaît. Le retour de la gauche plurielle en 1997 au pouvoir ne pourra plus se produire. Or, c'est bien le retour d'une forme de la gauche plurielle à la tête du PS auquel l'on vient d'assister au dernier congrès de Reims. Un retour d'une folle ironie. Un retour passéiste à souhait avec lequel Aubry va devoir se débattre : comment organiser les multiples sensibilités et personnalités de son attelage ? La seule personne qui semble avoir compris l'enjeu de fonder à la fois une marque et un parti de supporteurs pour emporter une élection dans le futur n'en fait pas partie : il s’agit de Ségolène Royal.

La présidente de la Région Poitou-Charentes affiche clairement cette stratégie au sein d'un système qui interdit toute autre option. La seule à l'assumer à gauche, crânement. Elle perd une seconde fois à une élection après la présidentielle, au sein de son parti ? On la retrouve déjà en train de vouloir grandir son association Désirs d'Avenir. La création d'un parti populaire, basé sur l'adhésion à une personne capable de chanter l'espoir, le changement, peut être redoutée, crainte, détestée : n'est-elle pas aujourd'hui inévitable pour une formation qui tend un jour à récupérer le pouvoir ?

Déni de réalité Jospin a soutenu la campagne de Delanoë contre l'ancienne candidate à l'Elysée. Son poulain a d'ailleurs étrangement récupéré ses paradoxes. L'histoire du libéralisme d'abord, dans le genre « mon projet n'est pas socialiste ». Et la fameuse déclaration « Je n'ai pas envie de pouvoir ». Pas envie de pouvoir lorsque le système tourne autour d'un président avant tout adorateur du pouvoir ? Pourquoi faire de la politique à ce niveau sous la Vième république alors ? Royal pouvait répliquer : « Ça tombe rudement bien, parce que moi, si ». Tous les cinq ans, les gens qui aiment le pouvoir vont s’en donner à cœur joie.

Jospin a lancé des attaques d'une rare violence contre celle qui « assume » sans retenue ce présidentialisme. Une sorte de déni de la réalité politique dont il a été lui-même le premier artisan... Il quitte la vie politique, mais revient pour éviter qu'une personnalité investisse le présidentialisme dont il a participé à l’élaboration sans jamais l’accepter. Paradoxes ! Ils sont souvent le fait d'hommes intelligents, emplis de rigueur et de morale. Leur réussite en politique pure en devient toute relative, à l'instar des Raymond Barre ou Michel Rocard.

Aubry en 2012... Comme Jospin en 2002 ? Au PS, certains poids hérités du passé restent présents. La question actuelle est désormais de savoir si le système des primaires y sera maintenu. Ou si la désignation du futur candidat à l'élection présidentielle connaîtra des chemins plus obscurs. Dans ce schéma-là, les premiers perdants seront les militants, qui assisteront à un banal jeu de chaises musicales. Sinon, d'ici 2012, ce sont les « supporteurs » qui auront leur revanche : à part Royal, qui d’autre ?

Commentaires

1. Le lundi, mai 25 2009, 22:26 par Andrès Iniesta

Philosophiquement de gauche, je préfère perdre avec Aubry que gagner avec Royal! Elle tire le parti vers le bas, c'est désespérant!! Elle est sans profondeur, c'est un pur produit marketing...c'est la David Beckam de la politique!

2. Le lundi, mai 25 2009, 22:43 par ER

La plupart du temps, ceux qui disent "préférer perdre avec Aubry que gagner avec Royal" ne sont pas confrontés aux problèmes sociaux générés par la politique de Nicolas Sarkozy. Étrange posture que de faire comme s'il s'agissait de ne pas "vendre son âme au diable" tout en laissant vivre les autres en enfer... De plus, David Beckham est un excellent tireur de coups francs. En politique, ça sert.

3. Le samedi, juillet 9 2011, 11:24 par heartburn relief

101 Vera August 1989 heartburn no more review

4. Le samedi, juillet 9 2011, 11:24 par heartburn relief

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