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Lorsque la propagande pro-OGM sème à tout vent...

111111112.jpgLes messages pro-OGM se multiplient dans les médias. Alors que France 2 vient de diffuser un reportage incroyable de partialité (Les prêcheurs de l'Apocalypse – 19/02), le Parisien publie un dossier visant à démontrer que les OGM sont notre seul moyen de lutter contre la famine et sauver notre agriculture... Approximations, mensonges, terreur : tout est utilisé pour faire basculer l'opinion en faveur de l'utilisation de semences génétiquement modifiées et banaliser leur emploi. Mais quelles sont les causes de ce mouvement de communication ? Éléments de réponse.

Il y avait de quoi être effaré devant son petit écran... Le documentaire « Les prêcheurs de l'Apocalypse », diffusé au sein de l'émission Infrarouge sur France 2, s'est génétiquement transformé en un véritable plaidoyer pro-OGM, sans aucune contradiction.

GROTESQUE

Si le débat n'est pas un impératif du genre, on pouvait au moins s'attendre à une démonstration scientifique sérieuse, capable d'éclairer notre lanterne... Le spectateur n'aura eu droit qu'à une succession d'arguments grotesques, égrainés par une voix-off fantaisiste :

  • Vous êtes contre les OGM dans vos assiettes ? Vous êtes donc contre la recherche médicale !

Joli mensonge. Rien n'empêche de poursuivre la recherche sur la transgenèse dans des laboratoires et d'interdire les cultures OGM en plein champs.

  • La famine a pour cause le refus des OGM. D'ailleurs, à cause des interdictions, aucun enfant n'a pu manger du riz enrichit à la vitamine A, c'est une honte ! (sic !!!)

Quelle folle volonté de culpabiliser le téléspectateur ! La vérité est bien différente. Si les futures années proposeront bien à l'humanité un défi en matière d'alimentation, à cause de l'augmentation de la population, les OGM sont loin de proposer une solution pertinente en la matière.

Actuellement, ceux-ci n'augmentent en rien la productivité des récoltes. Leur rôle est essentiellement de résister à un herbicide. Les OGM sont vendus par des multinationales dont le but est de faire du profit en obligeant les paysans à se fournir chaque année auprès d'elles. La généralisation de ce système aurait pour conséquence d'asservir l'agriculture de nombreux pays.

La famine a des causes naturelles (sécheresse en premier lieu, gel, etc.), des causes humaines (guerres, déplacements de population, gestion déficiente) et des causes économiques (orientations catastrophiques imposées par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale). Sans oublier le poids terrible du SIDA qui décime les ouvriers agricoles, la spéculation exercée sur les céréales et la destruction de nombreuses terres arables. Bref, la productivité n'est pas un problème premier. Elle découle d'abord du maintien d'une bonne situation politique et sociale locale.

  • Les OGM sont comme les hybrides et ne sont que le prolongement des anciennes méthodes de croisement.

La technique OGM n'a rien à avoir avec l'hybridation, qui consiste à améliorer une espèce par croisement. Un jardinier aura bien du mal à hybrider un gène de scorpion avec une espèce de fraises... Or, la transgenèse a permis cela, dans un processus naturellement inédit.

  • La lutte de José Bové renforce les multinationales comme Monsanto et leur font un boulevard.

L'argument est particulièrement vicieux. Pour comprendre son ridicule, il faut se mettre dans la logique du documentaire : tout est marché. L'agriculture aussi. Tout se vend. Si le marché ne développe pas sa concurrence, on favorise tel acteur du marché. Vous avez reconnu la logique néolibérale. Ce qu'a oublié de dire la voix-off, c'est que Monsanto est en position de monopole quasi absolu. Que la libre-concurrence et la main invisible du marché ont récemment montré leurs limites... Aucune structure publique nationale ne pourra jamais soutenir la comparaison. Le combat est perdu d'avance dans ce registre : cela n'a aucun sens.

  • Revenir en arrière, ce serait injuste, renoncer à un mode de vie dont les gens se sont habitués, la réponse est dans la science et la technologie. (Richard B. Flavell)

Il ne s'agit pas de revenir à l'âge des cavernes, mais bien d'éviter de penser comme des écervelés... Les occidentaux doivent apprendre à changer leur modèle alimentaire et ne plus continuer à compter sur une toute-puissance technologique. Cela signifie manger moins de viande (dont la production consomme énormément de ressources céréalières); apprendre à éviter les erreurs comme les biocarburants qui consomment des terres arables en pure perte énergétique; éviter le gaspillage trop élevé dans nos sociétés; aider les paysans des pays en voie de développement à construire des agricultures locales efficaces au lieu d'organiser des marchés mondiaux les asservissant; respecter la biodiversité menaçée par les OGM par bio-invasion. « L'humanité de se définit pas par ce qu'elle crée, mais par ce qu'elle choisit de ne pas détruire. » a dit le biologiste Edward Osborne Wilson.

  • Dans la vie, le risque zéro n'existe pas (Guissen)

Est-ce là une raison pour que le citoyen n'ait aucun droit de regard et d'évaluation sur les risques encourus par lui et sa collectivité ? Pourquoi se laisser imposer les risques par des multinationales ?

  • Le principe de précaution, c'est digne d'une génération peureuse. Qui n'a pas connu de grande crise. La voiture aussi ne serait pas autorisée aujourd'hui : pas de freins, pas de phares. (Louise Fresco)

On regrette que certains scientifiques n'aient pas suivi une formation philosophique... Si une voiture était aujourd'hui inventée sans freins et phares, heureusement qu'elle ne serait pas autorisée vu les accidents mortels qu'elle engendrerait ! En revanche, rien ne s'opposerait à améliorer par la recherche son modèle jusqu'à obtenir un résultat sûr. Les prototypes rouleraient sur des routes désertes. Le principe de précaution serait en ce sens appliqué. Il s'agit d'une volonté d'évaluer les risques d'une technologie et non d'une contrainte de recherche, bien au contraire. Le principe de précaution a besoin de la recherche pour se justifier. Il est digne d'une génération responsable qui a connu de grandes crises sanitaires comme celle de l'amiante.

AXEL KAHN DÉTOURNÉ DANS SES PROPOS

Mais que sont venus faire les très sérieux scientifiques Axel Kahn et Pierre Joliot-Curie (du Collège de France) dans une telle galère ? Leurs témoignages, outrageusement montés et réduits à la citation caricaturale, déformaient leurs propos. Oui, il faut défendre la recherche. Oui, il faut aider la science. Les OGM à vocation médicale sont de première importance. Mais comment ne pas s'étonner que leur parole ait été utilisée sans vergogne pour défendre les OGM alimentaires et le système économique défendu par les multinationales qui les accompagne ?

Axel Kahn a une position bien plus riche que celle qui est apparu dans le documentaire : "En soi, que des chercheurs utilisent le génie génétique dans le but d'améliorer une variété végétale ne me choque nullement. Cela dit, je ne trouve pas non plus choquant que les Européens considèrent les OGM comme quelque chose de répugnant et qui renforce de surcroît la prise de contrôle des industries agrochimiques sur toute la filière, en particulier dans les nations du Sud. D'ailleurs, tout cela est vrai. Donc d'un point de vue démocratique, si pour toutes ces raisons les Européens ne veulent pas des OGM, c'est certainement leur droit et on ne peut leur imposer d'en consommer." Axel Kahn, L'avenir n'est pas écrit, éd. Bayard.

LE PARISIEN S'Y MET AUSSI

Le Parisien, dans son édition du lundi 23 février, se met aussi à la propagande pro-OGM. L'article intitulé « Aurons-nous toujours assez à manger demain » annonce la couleur : ayez peur. Un petit encart finit le travail : « Les OGM, un sillon à creuser ». Curieusement, les mêmes contre-vérités que dans le documentaire sur France 2 sont utilisées :

  • "Les semences transgéniques (…) pourraient être une planche de salut face au défi alimentaire mondial qui nous attend"

Les deux sujets n'ont rien à voir.

  • "Depuis toujours, les agriculteurs pratiquent des croisements de plantes, fabriquent des espèces hybrides."

Les deux procédés n'ont rien à voir.

  • "L'Europe semble avoir renoncé à se lancer dans cette course technologique. Est-ce bien raisonnable ?"

Ce n'est pas parce que les cultures en plein champs sont interdites que la recherche sur la transgenèse est impossible.

On aura cependant une tendresse pour Philippe Chalmin, interviewé dans le dossier. Libéral pur sucre – qui a déjà vu ses modèles chouchous comme l'Islande et l'Irlande s'écrouler avec la crise - celui-ci a la rigueur et qualité intellectuelle de reconnaître que dans les pays du Sud, il était nécessaire de "revenir à des politique agricoles fortes, pilotées par l'Etat, et à des systèmes de prix garantis."

POURQUOI UNE TELLE PRÉSENCE MÉDIATIQUE ?

D'autres articles apparaissent, défendant en sens unique les OGM. Comme par exemple l'interview d'un directeur de Monsanto dans le Journal du Dimanche daté du 14/12/2008. Comment expliquer telle présence médiatique ? Un article du Independant On Sunday nous éclaire à ce sujet, « Europe's secret plan to boost GM crop production » 

Selon lui, des réunions avec plusieurs représentants nationaux (François Pérol pour la France) auraient été organisées jusqu'à la fin de l'année 2008 par M. Barroso pour « accélérer la diffusion en Europe des cultures OGM ». Notamment en « court-circuitant » les ministères de l'environnement pour agir directement au niveau le plus haut de l'exécutif.

Les preuves avancées par le journaliste, Goeffroy Lean sont des plus sérieuses. Les comptes rendus de ces réunions sont disponibles en ligne. On y apprend que M. Barosso souhaiterait «  l'accélération de la procédure d'autorisation des OGM, fondée sur de solides évaluations de manière à rassurer le public.» Aujourd'hui, alors qu'une étude polémique vient d'être publiée par l'AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), allant dans le sens des OGM alimentaires et contredisant Borloo lui-même, on ne peut être que troublé par la coïncidence.

Voilà qui expliquerait cette soudaine passion des médias autour du sujet... Encore faudrait-il que l'objectivité soit respectée. Mais si le but est de rattraper les Etats-Unis non dans le domaine de la recherche, mais dans l'édification d'un marché agricole au service des multinationales et de leurs intérêts, le pire est à craindre en matière de désinformation.

LE PRINCIPE DE PRÉCAUTION AVANT TOUT

Le Français est prudent. Les peuples européens aussi. Des OGM dans leur assiette, majoritairement, ils n'en veulent pas. Le principe de précaution, volonté des citoyens, doit être respecté. Le débat doit aussi passer par la sphère politique : la science peut-elle tout décider ?

La transgenèse est certes une biotechnologie qui peut avoir des avantages considérables et offrir des voies de recherches prometteuses dans le domaine médical, avec la mise au point de nouveaux traitements. Des avancées utiles qui peuvent être réalisées de manière étanche en laboratoires - lorsque les moyens sont au rendez-vous - et être largement contrôlées. Dans le cas spécifique des OGM alimentaires, c'est loin d'être le cas. Les expérimentations en plein champs touchent mécaniquement (via le pollen) les cultures environnantes et « contaminent » des variétés « bio ». Une menace avérée contre la biodiversité, qui empêcherait à moyen terme tout retour en arrière.

Les risques sanitaires sont encore méconnus. Aucune étude sérieuse aux Etats-Unis (pays utilisant depuis plusieurs années les OGM alimentaires) n'a été menée sur les éventuelles conséquences pour la santé des consommateurs. Récemment, une étude scientifique autrichienne vient de démontrer que des souris nourries aux OGM se reproduisaient moins bien au bout de la troisième portée... Soit, les souris ne sont pas des hommes, ne détournons pas les résultats de l'expérience. Mais ce genre de résultat oblige à maintenir la prudence.

Commentaires

1. Le mercredi, avril 8 2009, 11:03 par Didiane

des hommes tels que le fil du temps, de plus en plus faible et moins fiables. Et de penser que cela concerne? Elle mai effectivement pas utiliser ces produits, pas assez d'activité physique ou ...????

2. Le dimanche, août 29 2010, 05:22 par hl

That's perfect.

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