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L'inévitable affrontement en Guadeloupe ?

La tension entre les forces de l'ordre et la population insulaire est à son paroxysme. Cette nuit, plusieurs voitures ont été incendiées sur l'île. Des barrages bloquants sont toujours organisés par les manifestants, maintenant leurs revendications sociales. Interviewé par France Info ce matin, le président de Région PS Victorin Lurel a donné un éclairage précis de la situation, insistant sur le désengagement de l'Etat et les injustices criantes dont est victime la Guadeloupe. Qu'attend le gouvernement pour prendre la mesure du problème afin d'éviter les violences ?

Les explications du gouvernement ne persuadent plus personne. La Guadeloupe aurait été « touchée par la crise mondiale », selon Yves Jégo, secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, comme les autres pays du monde... Le concept de crise mondiale est pratique : il permet d'éluder toutes les causes réelles et locales d'un conflit social pour essayer de faire croire que les difficultés sont insurmontables.

A l'heure actuelle, les syndicats ne veulent pas entendre ce discours. Et pour une majorité de la population guadeloupéenne, la crise a ses raisons que le cœur de l'État ne peut ignorer. C'est l'avis du socialiste Victorin Lurel, interviewé ce matin par France Info, qui rappelle que la crise guadeloupéenne a essentiellement des raisons politiques. Non seulement dans l'échec des négociations, mais aussi vis-à-vis des causes profondes de la rupture entre l'île et le pouvoir métropolitain.

« L'Etat n'a pas respecté sa parole. Il y a un reniement. L'Etat n'est pas autour de la place de négociation. Les deux médiateurs laissés par M. Jégo sont out. Le patronat n'a pas assez de propositions sérieuses. Seules les collectivités régionales et départementales ont fait des proposition. Et ce n'est pas suffisant. On a l'impression que la République organise sa propre détestation. », avance-t-il, avant de préciser sa pensée : « Yves Jégo laisse entendre que la crise mondiale est arrivée ici. C'est faux. On a tout cassé, on est revenu sur les aides, c'est un résultat politique, avec un Etat totalement absent. » Ce qui serait pour lui le résultat d'une logique néolibérale entretenue sur l'île.

Patrick Karam, délégué interministériel pour l’égalité des chances, parle lui aussi de cette faillite de l'Etat... Mais préfère se décharger sur Jacques Chirac, qui selon lui, considérait « les Antillais comme de grands enfants » (France 2, journal de 13h, 17/02) alors que Nicolas Sarkozy voudrait « leur parler comme à des adultes ».

Le problème de se défausser sur un homme politique de son propre camp, c'est de rappeler que la droite est au pouvoir depuis 7 ans et que la situation guadeloupéenne n'a pas pour autant été changée depuis, y compris avec un Nicolas Sarkozy ministre d'Etat ou président...

Selon Karam, Nicolas Sarkozy serait donc celui qui remet l'Etat au centre du jeu, capable d'orchestrer correctement la société, capable d'arbitrer les conflits et de faire respecter la justice sociale... Vu la politique du président menée depuis le début de son mandat, consistant systématiquement à saper les services publics sans pour autant réussir à favoriser une concurrence saine capable d'avantager le pouvoir d'achat des Français, on peut en douter !

Nicolas Sarkozy, qui doit justement recevoir dès jeudi partenaires sociaux et responsables politiques, ne paraît pas être digne de confiance dans la gestion du problème selon le député socialiste Victorin Lurel :

« Je redoute une opération de communication de monsieur la président de la République. Il faut prendre conscience de la situation. Il y a déjà des embrasements dans certains quartiers. L'Etat s'est retiré brutalement. Lorsque vous voyez les milliards attribués aux banques, au secteur automobile, lorsque vous voyez les bénéfices de Total, et qu'il n'y a pas de réponse... Lorsqu'on réclame une taxation pour aider les petites entreprises, il n'y a pas de réponse. »

La colère de la population insulaire s'exprime vis-à-vis de faits très précis, très proches des revendications entretenues dans l'Hexagone : « Les tarifications bancaires sont les plus élevées de la République. L'essence la plus chère de la planète est ici, alors que le Vénézuela ou Trinidad ne sont pas loin ! La direction générale de la concurrence a été démantelée. » Une manière de rappeler certains monopoles tenus par la grande distribution qui ont pesé des années durant sur le prix de produits, y compris de « première nécessité ».

Des problématiques qui ne sont pas si éloignées de celles de la métropole d'ailleurs... Comment ne pas penser aux marges de la grande distribution, au « Yalta des portables », organisé par les trois grands opérateurs téléphoniques qui a démontré une entente sur les prix, condamnée par l'Etat, mais toujours bien peu à l'avantage du client dans les faits ?

Sans oublier le terrible problème du chômage, touchant plus d'un jeune sur deux, véritable plaie pour le développement et la pérennité de l'économie locale. Là encore, les grands groupes et grandes entreprises peuvent avoir leur responsabilité engagée.

La connexion entre la crise guadeloupéenne, la manière de réagir localement et les mêmes problématiques hexagonales pourrait se révéler explosive. Plusieurs médias affirment que la population métropolitaine semble pourtant peu concernée. Rien d'étonnant à cela lorsqu'on voit la place médiatique dédiée à l'événement jusqu'à maintenant, qui concerne pourtant un département de la République française et commence à toucher d'autres îles comme la Martinique ou la Réunion. Comment ne pas s'étonner lorsqu'un journal télévisé préfère ouvrir sur un fait divers plutôt que sur la Guadeloupe ? Ce manque de présence médiatique ne peut qu'aggraver le sentiment local d'être méprisé au moment même où l'urgence est de négocier et d'éviter les violences.

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