polémiques.info

We're not journalists. We just have internet access.

Tu sais pas.

Un gouvernement en Europe poussé à la démission : tout le monde s'en fout !

Les médias ont presque tous zappé l'événement. A peine quelques brèves dans les journaux télévisés de TF1 et France 2. Il est pourtant cataclysmique : la crise financière a fait tomber la semaine dernière son premier gouvernement en Islande. A l'heure des grandes manifestations sociales en France, qui sera le prochain à chuter ?

Les médias ont presque tous zappé l'événement. A peine quelques brèves dans les journaux télévisés de TF1 et France 2. Il est pourtant cataclysmique : la crise financière a fait tomber la semaine dernière son premier gouvernement en Islande. A l'heure des grandes manifestations sociales en France, qui sera le prochain à chuter ?

La crise touche l'Europe de plein fouet... politiquement. Un gouvernement a dû donner sa démission lundi dernier (26/01), en Islande. Mais qu'a donc poussé le Premier ministre islandais Geir Haarde a jeter l'éponge ? On pourrait parler d'abord des tractations politiques internes. La coalition hétéroclite au pouvoir, partagée entre le parti Social-démocrate et le parti de l'Indépendance du Premier ministre (Centre-Droit), ne pouvait plus s'entendre. Certes, la tête du pouvoir exécutif ne pouvait se partager et l'éclatement était inévitable...

Pour autant, la raison est bien plus liée aux manifestations sociales. Ce sont elles et le peuple qui ont fait basculer la situation, en réaction à la crise et une situation économique locale qui s'est aggravée. Voilà qui devrait être une leçon pour le gouvernement français : mener une politique en temps de crise nécessite une réelle concertation et non une creuse invocation à une quelque Union nationale. C'est aussi un bel avertissement pour l'Europe et sa ligne directrice très libérale depuis des années.

DU MODÈLE A LA CATASTROPHE Rappelez-vous. L'Islande, c'était ce pays présenté par les experts néolibéraux comme l'exemple parfait à suivre. Le modèle que la France n'arrivait pas à imiter car trop lourde, trop lente, trop sociale, etc. Il fallait donc réformer pour copier ce genre de « succès ». L'Irlande elle-aussi était couverte de louanges, pour à peu près les mêmes raisons : des taxes pour les entreprises réduites, un modèle néo-tatchérien, un dynamisme économique agressif, l'abandon de toute structure étatique (peu de protection sociale, pas d'infrastructures puisque peu d'impôts, etc.).

Or, ces deux pays sont aujourd'hui au bord du gouffre, voire au fond du trou. Quel beau modèle à suivre ! Pourtant, les experts arpentent toujours les plateaux de télévision en essayant de se justifier pour les plus courageux (très rares) ou de camoufler leur erreur manifeste pour les autres. Ces derniers sont encore invités. Pourquoi ?

Les faits sont pourtant intraitables. La crise financière déclenchée aux Etats-Unis a tout balayé. Elle a pour cause un laisser-aller incroyable d'une certaine forme du capitalisme. Un système corrompu, dérèglementé de manière cynique, dans lequel l'humain est toujours négligé et l'environnement pillé. Pour résumer, l'abandon total des trois piliers du libéralisme : propriété, liberté et responsabilité.
L'Islande et l'Irlande ont construit leur réussite grâce à cette foire mondiale, privilégiant une vision à court terme, profitant de produits financiers douteux. Or, il n'y a pas de « miracles » économiques. Lorsque les bases de l'économie réelle sont oubliées, la catastrophe n'est jamais loin.

L'Islande a fabriqué un secteur bancaire très développé qui ne reposait sur... rien. Une fois que celui-ci s'écroule, tout disparaît. De manière plus évidente encore en Irlande, une bulle a été créée, poussant à la consommation. Désormais, les 4x4 importés peuvent être revendus. Ce système n'avait pas d'avenir commun.

APRÈS LA CHUTE DES GOUVERNEMENTS, LA FAILLITE DES ETATS ? L'Islande et l'Irlande se retrouvent en situation de faillite. Ces deux pays ont défié l'Europe. Le premier, en la refusant. Le second, en profitant de sa manne sans se mettre au service de ce qui reste de l'idéal européen. Pour les Islandais, les milliards de la Russie (proposés par le pays de Poutine pour tenter de renflouer l'Islande et trouver là un partenaire potentiel précieux dans la bataille de l'Energie) n'ont pas suffi. Le Fonds Monétaire International n'a rien pu faire non plus. Bref, la situation est désespérée. Et demain, pour les autres pays européens ?
Au-delà du possible renversement d'un gouvernement – qui par exemple ne mènerait pas une politique capable de résoudre les difficultés générées par la crise – quel pays pourrait être menacé de... faillite ?

L'idée de la faillite d'un Etat est à la mode. Les Etats-Unis sont sur la première ligne, risquant en effet de subir une sorte de « déflagration finale » avant la banqueroute. Mais il ne faut ni oublier les actifs des pays, ni les ressources des peuples, leurs infrastructures et leur situation géopolitique.

La France par exemple est loin à plaindre, vis-à-vis des Etats-Unis ou du Japon en matière de dette publique, et elle dispose d'infrastructures capables d'attirer les investissements étrangers. N'oublions pas qu'avant la crise, certaines entreprises quittaient déjà l'Irlande, du fait de l'insuffisance de ses infrastructures.

Cette idée de faillite est très pratique pour masquer la remise en cause possible des politiques menée face à la crise. Les peuples disposent pourtant du droit d'être représentés comme ils l'entendent. Il y a le choix. Il y a des alternatives. Il n'y a pas qu'un seul scénario catastrophe auquel il faudrait échapper en formant une sorte d'union nationale aveugle, signant au pouvoir en place tous les blanc-seings possible et imaginables.

UNION NATIONALE DU PIRE ? L'Union nationale, le Premier ministre François Fillon l'a réclamée une nouvelle fois lors de la séance à l'Assemblée Nationale des « Questions au gouvernement » (03/02/2009). En précisant qu'  « aucun pays en Europe ne voyait une opposition tenter de provoquer une crise politique » dans ces moments difficiles.

Le cas islandais est donc complètement oublié ! Il a démontré qu'une alternance politique, lorsqu'elle est exigée par la rue, peut arriver. Et déboucher sur un changement de dirigeants en période difficile. N'oublions pas que si la président actuel a été élu à 53 %, les années passent et les résultats se font attendre. L'opinion publique change. En résumé, « l'union nationale » est un leurre si elle ne rime pas avec une politique de la concertation, de la négociation et surtout perçue par la population comme efficace.

En France, les manifestations apparaissent. Souvent mal entendues. Les médias parlant plus d'inquiétude (émotion et non revendication) et focalisent sur Nicolas Sarkozy (un homme et non sa politique). Il faudrait mieux écouter avec plus d'attention le peuple... D'habitude, le peuple qui a peur ne sort pas à hauteur de 2 millions dans la rue.

CHANGER LA DONNE EUROPEENNE Le gouvernement français a pris pour mauvaise habitude de jouer la carte de la communication. Cela suffira-t-il pour répondre à une situation sociale de plus en plus dure, liée à l'effondrement du pouvoir d'achat, qui est un véritable problème européen ?

Justement, les élections européennes approchent. Or, plus que jamais, c'est d'une politique européenne cohérente dont nous avons besoin pour faire face à la crise internationale. Faut-il faire des sacrifices sociaux ? Faut-il saigner comme en Hongrie les modèles sociaux sur recommandation du FMI pour éviter la faillite de l'Etat ?

Il faudrait d'abord plutôt sacrifier les politiques qui n'ont pas fonctionné jusqu'à maintenant. Sortir du jeu les dirigeants qui les ont défendues. La situation n'est-elle pas un aveu d'échec pour M. Barroso ? Les orientations néolibérales de l'Europe qui partout démontrent leurs visions à court terme et leur inefficacité criante ne sont pas les bonnes.

Pourquoi continuer à appliquer ce qui a échoué en Islande et en Irlande ? L'Europe est un pari nécessaire sur l'avenir. Il a demandé bien des sacrifices aux politiques nationales pour se construire et gagner en efficacité. Il devait dans un premier temps faire perdurer la paix. Il était ensuite censé protéger la France d'une chute du pouvoir d'achat devant sa programmée perte d'influence au niveau mondial. Il devait rééquilibrer les inégalités entre les membres de l'Europe. Un jour ou l'autre, ce pari devra profiter aux peuples et ne plus rester une sorte d'optimisation d'un système dédié aux diverses folies du marché.

S'abonner au flux RSS