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Grève nationale de jeudi : On a retrouvé M. Kuntz sur I-Télé !

2reporter.jpg Monsieur Kuntz, c'est ce faux journaliste qui officie habituellement dans l'émission déjantée « Groland », présentée par Moustic sur Canal Plus. Indécent, indélicat, grossier, souvent extrême dans ses propos, il agresse les interviewés. Jeudi dernier, alors que de téméraires reporters d'I-Télé arpentaient le bitume parisien pour rendre compte de la manifestation, on a cru un moment se retrouver en pleine représentation grolandaise : selon l'un d'entre eux, Michel Dumoret, les manifestants avaient toujours tort !

2reporter.jpgMonsieur Kuntz, c'est ce faux journaliste qui officie habituellement dans l'émission déjantée « Groland », présentée par Moustic sur Canal Plus. Indécent, indélicat, grossier, souvent extrême dans ses propos, il agresse les interviewés. Jeudi dernier, alors que de téméraires reporters d'I-Télé arpentaient le bitume parisien pour rendre compte de la manifestation, on a cru un moment se retrouver en pleine représentation grolandaise : selon l'un d'entre eux, Michel Dumoret, les manifestants avaient toujours tort !

Michel Dumoret - sans être aussi radical que M. Kuntz - s'adressait aux manifestants avec des propos étonnants, dans un jeu de question-réponse assez... hors de propos.

En effet, chacune de ses interventions se rythmait ainsi :

1-Une question sur les raisons de faire grève; 2-Une écoute très légère du ou de la manifestant(e); 3-Une remise en cause de ses motivations avancées; 4-L'illustration par le journaliste d'un acte jugé positif du gouvernement.

Quelques exemples :

Un manifestant est approché. Il s'agit d'Alexandre, professeur d'éducation physique. Celui-ci se lance dans un discours sur la dégradation de ses conditions de travail et le peu de chances qu'il recommande son métier à sa fille à l'avenir... Dumoret intervient : - Oui, mais la ministre Valérie Pécresse a tout de même fait beaucoup en nommant 5000 aides éducatifs... C'est la crise, le gouvernement ne peut pas tout faire, que voulez-vous de plus ? 

A peine le temps pour Alexandre, visiblement surpris par la remarque du journaliste, de répliquer :

« Ce que l'on veut, c'est pas forcément que le gouvernement fasse plus, mais qu'il fasse mieux ».

Dumoret : - Oui, mais c'est beaucoup d'inquiétude, non ?

« C'est pas de l'inquiétude, c'est de l'opposition complète ! »

Dumoret termine sur un résumé très personnel : - Vous voyez, toujours les mêmes revendications assez floues de la part des grévistes, surtout de l'inquiétude... 

Nouveau témoignage, celui d'une femme, puéricultrice : « Nous ne voulons plus être payée à 1 euro 90 minimum de l'heure, nous ne voulons pas des jardins d'éveils pour les petits de 2 ans, mais un vrai accueil pour les enfants, nous ne souhaitons pas qu'il n'y ait qu'une personne pour garder 15 enfants. »

Dumoret la coupe en plein élan :

Oui, mais vous dépendez des Conseils Généraux, comment pouvez-vous réclamer cela, le gouvernement ne peut pas tout faire ! 

Désarçonnée, la femme ne sait plus quoi dire. Ben oui, ma pauvre dame, faut rentrer chez vous là, retournez dans votre département en bus tout de suite ! Heureusement que M. Dumoret est là pour vous préciser la réalité !

Heureusement (aussi) qu'une Anonyme sort de la foule pour lui répondre en direct :

« Les lois viennent du gouvernements, on est tenus par le gouvernement. Si le gouvernement veut, le conseil général suit. »

Elle aurait pu aussi rajouter que la politique budgétaire de ces dernières années a souvent consisté a décharger l'Etat de ses habituelles dépenses en directions des collectivités locales, notamment les Régions. Ce qui est un choix politique comme un autre lorsqu'il faut fatalement partager le gâteau des recettes du pays (ce qui fait toujours des perdants qui grognent), mais qui mérite d'être précisé...

Dumoret, round 3. Cette fois, notre reporter se retrouve face à un ingénieur de l'aéronautique. La personne lui précise la situation de son industrie et les actes de l'Etat qu'elle estime nécessaire pour sauver son activité, explication à l'appui.

Intervention du journaliste : - Oui, mais 5 milliards ont été donnés à Airbus, ce n'est pas assez pour vous ? 

L'ingénieur balbutie sa réponse devant l'impitoyable Dumoret : « Heu... Oui... Enfin, nous... Moi, je suis à la Défense, par rapport aux banques, c'est peu... Même si Fillion a joué les VRP... »

Dumoret, visiblement joyeux que l'on apporte de l'eau à son moulin : - Et ça réussit bien, non ? , avant de poursuivre : - Qu'est-ce que vous attendez du président, vous voulez quoi de plus (…) 5 milliards alors que nous traversons une crise difficile... 

Culpabilisation en direct assurée ! Vous voulez quoi ? Qu'on vendre le château de Versailles pour vous ?!

Finalement, l'ingénieur se reprend : « La priorité doit être donnée à l'emploi. Même les cadres commencent à se rebeller. Cette crise est financière. Ce n'est pas à cause des salariés. Nous attendons quelque chose pour le pouvoir d'achat. »

Dumoret en remet une couche alors qu'il s'adresse à la présentatrice du JT : - Voilà, toujours les mêmes revendications, malgré l'implication du chef de l'Etat. Le gouvernement a choisi de relancer par l'investissement. 

Et notre Premier ministre est un très bon VRP, on avait compris.

Round 4 : Dumoret VS Rased

Devant le personnel de santé auprès des enfants en difficulté, Dumoret reste fidèle à sa ligne de conduite. Un homme s'exprime : « Nous manifestons contre la réforme de la convention collective, pour conserver nos acquis. Ils veulent supprimer les congés trimestriels et le RASED. » (Réseaux d'Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté).

Dumoret : - C'est le propos qu'on a entendu, on demande du pouvoir d'achat, on demande plus de moyens, c'est pas très original. (…) Il y a beaucoup d'excitation, rien de concret, du négatif, pas de propositions à faire au ministre... »

Oui ! Si en plus, c'est aux politiques de prévoir et d'innover dans l'action publique, mais où va-t-on ! Ah, ces grévistes, quel manque d'originalité ! Près de la Bastille, on aurait au minimum espéré un performance artistique ou un happening un peu plus bling-bling ! A Bastille, il y a eu parfois d'autres symboles qui se sont joués...

Pour Dumoret (qui n'a pas froid aux yeux), à Bastille justement, il y a du monde. Mais cela s'explique. - Beaucoup de monde a appelé à manifester, beaucoup de syndicats. Donc automatiquement, ça fait beaucoup de monde. 

Logique ! C'est juste « automatique » presque deux millions de personnes dans les rues, soit quasiment autant que lors des grandes manifestations de 1995.

Selon le leader syndical de la CFDT, François Chérèque, ce rassemblement est « l'un des plus gros de ces vingt dernières années. Les salariés du privé eux-aussi sont dans la rue, comme les patrons des petites entreprises ».

Non, c'est juste « automatique ».

Qu'un journaliste essaye de contredire un interlocuteur engagé, afin de donner plus d'épaisseur aux débats, cela est tout à fait louable. Mais la représentation de Michel Dumoret avait de quoi surprendre. Selon lui, cette grève était « automatique », fondée sur l'inquiétude (un concept rapidement repris par bien des médias), « peu originale », alors que le gouvernement proposait déjà des plans suffisants et que le président lui-même ne pouvait faire plus.

Focaliser une émotion (l'inquiétude) et sur un homme – en l'occurrence Nicolas Sarkozy - est toujours bien pratique pour éviter de parler dans les détails de sa politique. Une politique qui bien avant la crise avait décidé d'être sévère avec les plus faibles et souvent révérencieuse avec les multi-millionnaires.

La crise va-t-elle servir de justification à cette austérité qui ne répond pas à une nécessité économique, mais bien entre dans le cadre d'une idéologie politique claire, inspirée de ce qu'à réalisé Bush aux Etats-Unis en son funeste temps ?

Parler dans ces conditions d'un président qui ferait face à la crise tiendrait plutôt de l'imposture... Alors pourquoi ne pas simplement écouter les revendications des manifestants et négocier avec les partenaires sociaux ?

Les réformes de la société – souvent nécessaires – ne peuvent-elle pas se faire dans la concertation ? Elles ne sont pas toutes « automatiquement » bonnes... Loin de l'inquiétude, il y avait bien là des revendications et la dénonciation d'une politique. Historiquement, ce n'est pas nouveau. Lorsque cela n'est pas entendu, lorsque les classes moyennes sont concernées mais ignorées, on sait comment cela se termine. N'en déplaise à Dumoret.

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