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TRIBUNE : Lorsque les experts accusent les pauvres d'être responsables de la crise

Nota : cet article est une tribune libre qui n'engage que son auteur

Souvenez-vous. C'était sur le plateau de l'émission 'A vous de juger' sur France 2, présentée par Arlette Chabot. Un compteur géant virtuel défilait à grande vitesse : celui de la dette publique. L'affichage jusqu'à la décimale rendait la somme en question monstrueuse. Ce genre de débat autour de la dette, basé sur la peur, sans être didactique, avantage toujours la droite. Considérée à tort comme meilleure gestionnaire, un simple regard sur son bilan suffit pourtant à démentir cette idée reçue. La dette publique a connu deux envolées majeures depuis 20 ans : la première sous Balladur en 1993, la seconde en 2005, avec Nicolas Sarkozy aux affaires. La seule phase de contrôle et de baisse des déficits a été enregistrée de 1997 à 2002 sous Lionel Jospin à la tête d'un gouvernement socialiste. Ces chiffres sont incontestables, consultables auprès de l'INSEE.

Nota : cet article est une tribune libre qui n'engage que son auteur

Souvenez-vous. C'était sur le plateau de l'émission 'A vous de juger' sur France 2, présentée par Arlette Chabot. Un compteur géant virtuel défilait à grande vitesse : celui de la dette publique. L'affichage jusqu'à la décimale rendait la somme en question monstrueuse. Ce genre de débat autour de la dette, basé sur la peur, sans être didactique, avantage toujours la droite. Considérée à tort comme meilleure gestionnaire, un simple regard sur son bilan suffit pourtant à démentir cette idée reçue. La dette publique a connu deux envolées majeures depuis 20 ans : la première sous Balladur en 1993, la seconde en 2005, avec Nicolas Sarkozy aux affaires. La seule phase de contrôle et de baisse des déficits a été enregistrée de 1997 à 2002 sous Lionel Jospin à la tête d'un gouvernement socialiste. Ces chiffres sont incontestables, consultables auprès de l'INSEE.

LA DROITE FAIT SUPPORTER LA DETTE A LA CLASSE MOYENNE

Les portes-paroles de l'UMP, pour contester l'évidence, affirment que cette embellie devait tout à la croissance économique. C'est oublier qu'il s'agit là d'une question de confiance et qu'une bonne gestion prime toujours. C'est oublier aussi que la droite a anéanti l'impôt progressif en offrant de nombreux avantages aux multimillionnaires (bouclier fiscal, droits de succession), alors que les classes moyennes restent étouffées sous un bataillon de taxes. Dans ce schéma, les rentrées fiscales diminuent, la dette augmente et les réductions d'impôts ne profitent pas au plus grand nombre.

La droite a-t-elle compensé cette politique archaïque en réduisant le train de vie de l'État ? Nullement. Comme un symbole, elle a vu son leader Nicolas Sarkozy, devenu président de la République, augmenter son salaire de 200 %. Et malgré l'utilisation constante du mot "réforme", le gouvernement a échoué dans cette nécessaire modernisation et optimisation des dépenses publiques. Communiquer n'est pas agir. Rappelons que la droite est au pouvoir depuis 7 ans. Ses résultats sont absents. __ Qui supporte cette politique de droite ? La classe moyenne. Qui culpabilise-t-elle ? La classe moyenne. Sur qui fait-elle des économies ? La classe moyenne. Franchises médicales, suppression de postes dans l'éducation nationale, non revalorisation des pensions retraites, fermeture de divers services publics en zone rurale, affaiblissement de la qualité des transports en commun... La liste est longue. Le premier ministre rajoute que les "caisses sont vides" et sa ministre de l'économie agite le spectre de l'austérité. La boucle est bouclée.__

LES CAISSES SONT VIDES. SAUF POUR LES BANQUES

Ce même gouvernement vient de mobiliser 360 milliards d'euros afin de remettre à flot un système financier en pleine faillite. Ce même gouvernement qui peinait à trouver un milliard d'euros pour financer le RSA et qui demeure incapable de sauver la sécurité sociale autrement qu'en ponctionnant les moins aisés d'entre nous. Mais où trouve-t-il cet argent inespéré ? La réponse est simple : auprès des banques en difficulté. Si celles-ci ne se prêtent plus entre elles, l'État demeure le dernier maillon considéré encore solvable. Une bonne âme paiera tôt ou tard les frais, ne risquant pas de s'envoler pour quelque paradis fiscal : le contribuable. Christine Lagarde promet qu'un jour ou l'autre, les actions détenues par l'État seront revendues. De qui se moque-ton ? Le profit n'est pas sûr. Et pour quel résultat, sinon revenir au point de départ en attendant la prochaine crise ?

Des experts viendront à la télévision vous expliquer que cela n'a rien à voir. Que la crise mondiale (comme si elle n'avait aucune cause politique) oblige à des sacrifices pour sauver le système et que ces 360 milliards n'ont rien à voir avec les affaires courantes du pays, comme par exemple la revalorisation du SMIC. Les mêmes experts qui venaient vous expliquer que la mondialisation financière était une chance pour l'humanité, que la richesse produite grâce à elle profitait à tous, que le socialisme économique était ringard et que les socialistes qui se méfiaient du néocapitalisme était rétrogrades. Aujourd'hui, les principales banques mondiales sont nationalisées. 1000 milliards de dollars ont été injectés aux États-Unis pour sauver Wall Street, devenue socialiste en une semaine. Cherchez l'erreur.

Cyniques jusqu'à la moelle, certains viennent même expliquer que les raisons de la crise financière sont imputables aux pauvres à qui l'on a proposé de s'endetter pour devenir propriétaires. Incroyable ! Mais qui a validé ces crédits ? Qui a décidé de les transformer en produits financiers ? Quelles agences ont-elles noté favorablement ceux-ci en escroquant les investisseurs du monde entier ? Allons plus loin, quelle est la politique qui avait le plus d'intérêt à défendre telle accession à la propriété chez les plus démunis ? La droite néoconservatrice aux États-Unis, c'est à dire la droite sarkozyste en France. Pour avoir les faveurs d'un nouvel électorat qui n'avait aucun intérêt à voter pour cette droite-là. Aujourd'hui, des millions d'Américains sont à la rue. Heureusement, en France, ce type de crédit, de type hypothécaire n'a pas été développé à outrance malgré l'insistance à l'époque d'un ministre pour le développer à tout va : Nicolas Sarkozy. Cherchez l'erreur.

LA BONNE ET LA MAUVAISE DETTE

Tout est lié. Cette dette est d'un seul morceau. Sa définition n'a de sens que dans l'observation de son affectation. Il y a la bonne et la mauvaise dette. L'essentiel est de considérer à quoi elle peut servir, réussir le bon investissement. C'est là plus que jamais une question de politique. Celle du gouvernement a renoncé à une aide réelle à la formation, à la recherche, au développement des infrastructures. Elle oublie le développement social, méprise les pauvres et fait la part belle à la consommation sans lendemain. La collectivité supportera un endettement qui ne lui profitera que dans le maintien d'un système qui ne l'a jamais avantagé. "Il fallait le faire", nous dit-on. Fallait-il sauver une organisation qui est l'essence même de la dissolution de l'intérêt général au profit d'une minorité ? "Il fallait le faire pour protéger l'économie réelle". Personne n'échappera à la récession du fait de la poursuite d'une politique dépassée.

Les médias français chantent l'action politique de Nicolas Sarkozy, présenté comme sauveur du marché mondial. N'importe quel acteur économique sait que son rôle est mineur. En Allemagne, on chante les louanges d'Angela Merkel pour les mêmes raisons. En Angleterre, ce sont celles de Gordon Brown. Zapatero pour l'Espagne. On dirait assister à la naissance d'un nouveau mythe moderne : des peuplades parlant différentes langues voient le messie apparaître et toutes le comprennent. Le système financier s'est écroulé, mais ses relais médiatiques sont toujours en place. Le politique reprend le pouvoir à la télévision, pas dans les faits, ni au niveau national, ni au niveau européen. Là est la clef du problème.

"LES EXPERTS"

Citons l'inénarrable Alain Minc, aujourd'hui conseiller officieux de Nicolas Sarkozy : "L'économie mondiale ressemble à un bolide conduit à pleine vitesse d'une seule main : tel est le sentiment le plus largement répandu. C'est tout le contraire : un mécanisme raffiné, mettant en mouvement des forces et des contre forces, respectant les lois d'une thermodynamique particulière, et n'ayant connu, depuis 20 ans, ni accident majeur, ni débordement durable. (...) Le risque systémique est une construction de l'esprit." (P 88, Ce Monde qui vient, ed. Lagardère-Grasset). Le bolide est dans le décors. La construction de l'esprit est devenue réalité. Mais l'idéologue entre toujours à l'Élysée en visiteur du soir. Les Jacques Marseille et autre tenants d'une pensée néocapitaliste ont toujours libre accès aux de télévisions. Sabine Hérold, ancienne secrétaire d'Alain Madelin est invitée à France Info pour une longue interview, accusant les pouvoirs publics de la crise et récitant les fondamentaux du libéralisme (liberté, propriété, responsabilité) qui n'ont jamais été respectés nulle part. Cherchez l'erreur.

Tout le monde parle désormais de "réglementation". Comme si la déréglementation était autre chose que la modification dans la nature de l'action gouvernementale. Créer de nouvelles règles ne sera utile que si la politique reprend le dessus. Si l'enjeu est de rabâcher la mythique et fausse contradiction entre contrôle de l'État et liberté des marchés, les règles seront contournées et la crise reviendra. Les experts disent qu'il y en aura d'autres... Si une si dramatique organisation est maintenue, en effet !

S'attacher à observer les fausses concurrences, les marchés verrouillés (comme celui de la téléphonie), réduire la spéculation, combattre les paradis fiscaux : tout cela tient de l'action politique. Les solutions spécifiques au domaine économique sont nombreuses. L'impôt sur les gains du capital en cas de revente rapide des titres pourrait être développé. Une taxe légère pourrait être appliquée sur la vente de chaque action pour éviter la spéculation. La droite criera-t-elle à la présence d'impôts nouveaux ? Laissons les multimillionnaires concernés manifester dans les rues. En revanche, la droite ne se prive pas pour imaginer des taxes écologiques qui visent tout le monde alors que les industries polluent largement plus que les citoyens...

VOTEZ POUR VOTRE INTÉRÊT !

On peut légitimement se poser la question pourquoi la classe moyenne soutient une politique qui va contre son intérêt. Il y a plusieurs raisons à cela. Des symboles sont agités comme l'insécurité ou l'immigration. Nous avons vu les promesses de richesses et de propriété par le crédit faites aux plus pauvres dans un système qui ne leur a laissé aucune chance. Sans parler de la communication sans précédent des thèses conservatrices, présentées dans bon nombre de médias comme modernes et pragmatiques alors qu'elles tiennent de l'idéologie rétrograde. La désaffection des citoyens pour la politique aggrave le constat. Si l'impression est donnée que la gauche est "comme" la droite, alors l'engagement tient plus à des images, à du cosmétique, qu'à l'étude des enjeux réels.

L'opposition a des idées. Elle les collectionne même avec brio. Elle devrait aujourd'hui s'attacher à convaincre les citoyens que leur intérêt tient dans leur application. Pour enfin remettre de la morale dans un système qui n'en a plus une once. Pour le moment, seul Nicolas Sarkozy affirme vouloir remettre du sens dans le capitalisme mondial... Il a toute sa vie été le premier soutien de sa capacité à désorganiser nos sociétés, en prônant le laisser-faire absolu. Cherchez l'erreur. La corriger est toujours possible dans les urnes.

Mick Rave

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