polémiques.info

We're not journalists. We just have internet access.

Tu sais pas.

EDVIGE : Laurence Parisot fait son "outing" contre le fichier policier

Laurence Parisot, la pourtant très droitière patronne du MEDEF, vient de faire son « outing » politique en se déclarant hostile à la décision du gouvernement actuel de créer EDVIGE (Exploitation Documentaire et Valorisation de l’Information GénéralE). Ce redoutable fichier policier va permettre au pouvoir en place de collecter des informations ultra détaillées sur les citoyens, bien au-delà des traditionnelles investigations en la matière pour la sécurité de l’Etat.

Laurence Parisot, la pourtant très droitière patronne du MEDEF, vient de faire son « outing » politique en se déclarant hostile à la décision du gouvernement actuel de créer EDVIGE (Exploitation Documentaire et Valorisation de l’Information GénéralE). Ce redoutable fichier policier va permettre au pouvoir en place de collecter des informations ultra détaillées sur les citoyens, bien au-delà des traditionnelles investigations en la matière pour la sécurité de l’Etat.

CRITÈRES INADMISSIBLES

Cette automatisation de l’information n’a plus grand-chose à voir avec les anciennes pratiques réalisées par les Renseignements Généraux (RG) : l’orientation sexuelle, l’ethnie, l'état de santé, l’engagement politique ou associatif, le patrimoine personnel et bien d’autres critères seront agglomérées à propos de n’importe quel citoyen et ce… dès l’âge de 13 ans. Le tout, sans jamais pouvoir avoir accès au fichier généré. Il n’y a guère que le ministre Xavier Bertrand pour oser soutenir que EDVIGE ne sera que la continuité « légalisée » des pratiques des RG.

La nature des critères est pourtant inadmissible pour la République. Après le rapprochement à Levallois des RG et des services d’espionnages français, on assiste à une sorte d’américanisation de la politique sécuritaire, non plus basée sur la collectivité, l’intérêt commun, mais bien sur l’individu déclaré être menaçant sans raison. En quoi un fonctionnaire aura-t-il le droit d’observer un candidat à une élection locale, en fonction de son patrimoine ? En quoi ficher un enfant de 13 ans est-il réellement utile ? Pourquoi faut-il connaître l’orientation sexuelle de quelqu’un ?

UN DANGER POUR LES ÉLUS

La déclaration de Laurence Parisot est intéressante à double titre. Tout d’abord, elle est un sursaut plaisant de la pensée libérale au sens premier et noble du terme, c'est-à-dire qui souhaite défendre les concepts fondateurs du libéralisme (liberté, responsabilité et propriété) et non pas une société « capitalo-féodale » aux mains de quelques personnes en position dominante.

Ensuite, elle montre qu’au-delà de l’engagement de chacun, il est bien difficile d’être satisfait d’un tel projet : tout le monde peut se sentir concerné et heurté dans la pratique libre de sa vie privée tant qu’elle n’a pas démontré la preuve qu’elle était nuisible à la collectivité. Les élus seront en première ligne. Quelles conditions faudra-t-il respecter pour participer à la vie publique ?

Ainsi au-delà du Parti Socialiste, traditionnellement opposé à ce genre de méthodes, le MoDem de François Bayrou comme le Nouveau Centre du ministre Hervé Morin (qui voit là une bonne occasion de se repositionner politiquement, plus modérément, après un épisode très douloureux en Afghanistan) ne peuvent se ranger du côté d’EDVIGE.

OPPOSITION MASSIVE AU PROJET

Plus de 100 000 signatures ont été apportées à une pétition contre EDVIGE. Plusieurs recours au Conseil d’Etat ont été déposés. Le CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et Libertés) a émis ses réserves les plus vives (voir lien).

Vous êtes homosexuel, riche, originaire d’Afrique du Nord, engagé en politique et prochainement candidat à une élection locale ou nationale, avec un passé associatif ? Bientôt, votre nom apparaîtra en bonne place dans le fichier EDVIGE. Pas besoin d’avoir autant de critères pour être fiché. Un seul suffira. Cela concernera des dizaines de milliers de personnes. EDVIGE permettra de ficher les "fréquentations, comportement et déplacements" de chacun. Aucun débat au parlement n'en a fait état. Un décret a été appliqué sans débat.

Alors que le fichier CRISTINA (Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux), bien moins connu, sera lui totalement obscur pour cause de « secret-défense », on peut se poser bien des questions sur l’avenir de la démocratie en France. Nous parlons de démocratie. Nous parlons de la France. De votre vie, de notre pays. Ici et maintenant.

S'abonner au flux RSS