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François Léotard : les cris ne sont pas toujours vains

livrefinir.jpgL’ancien ministre de la Défense signe un pamphlet contre Nicolas Sarkozy, entre prose vénéneuse et charge sans concession. Dans Ça va mal finir (Grasset), l’auteur regrette son vote et se dit abasourdi par le spectacle proposé par le nouveau président. Léotard ne joue pas les Cassandre. Il préfère s’en inspirer, fatalement avec excès et se risque à ne pas garder le silence.

livrefinir.jpgL’ancien ministre de la Défense signe un pamphlet contre Nicolas Sarkozy, entre prose vénéneuse et charge sans concession. Dans Ça va mal finir (Grasset), l’auteur regrette son vote et se dit abasourdi par le spectacle proposé par le nouveau président. Léotard ne joue pas les Cassandre. Il préfère s’en inspirer, fatalement avec excès et se risque à ne pas garder le silence.

Il était de bon ton, lorsqu’on était de gauche, de railler François pour célébrer Philippe, son frère tortueux. Et il était presque normal, lorsqu’on était de droite, de condamner les excès de Philippe pour n’admettre que François comme gendre idéal. Ainsi vont les étiquettes, ainsi se forgent les destins, dans le regard des autres.

MIEUX LEOTARD QUE JAMAIS ?

Jadis considéré comme l’égal d’un séminariste, François Léotard est célébré aujourd’hui comme un aventurier de l’Arche perdue de la parole libre, néanmoins édité par le groupe Lagardère. Un grand nombre d’articles fleurissent à son sujet, intitulés « Mieux Léotard que jamais ». Comme si l’homme n’avait fait que virer sa cuti et cracher dans la soupe…

C’est être insultant avec lui à double titre. C’est d’abord oublier que François Léotard est un écrivain doué et que cela ne date pas d’hier. Son phrasé impressionne. Sa poésie est manifeste. Il sait écrire avec le venin du serpent, sans se faire mordre. Il n’écrit pas en étant décadent, en remplaçant son inactivité politique contrainte et forcée par un intérêt soudain à la plume. Son amour d’écrire est perceptible avant son amour contrarié d’une carrière politique.

Ensuite, ce serait faire peu de cas de son expérience, de ses idées, de sa capacité d’analyse. S’il faut le prendre pour une oie blanche, qu’elle soit alors du Capitole. François Léotard observe et donne son opinion en tant que citoyen. Il ne critique pas la droite, mais une certaine droite. Le Parti Socialiste n’est d’ailleurs jamais oublié dans la critique, alors même qu’un regard clairement social sur la France est souvent appuyé.

VENDETTA !

Ce qui rend le pamphlet incroyablement violent, ce ne sont donc pas les accusations elles-mêmes, mais la lucidité avec laquelle elles sont exposées et leur irréprochable mise en perspective historique. François Léotard semble nous dire : « vous pouvez toujours dire que je suis fou, au moins vous ne pourrez jamais dire que vous n’étiez pas été prévenus ».

La charge est multiple, lourde, armée : vendetta ! Personnelle, contre Nicolas Sarkozy. Générale, contre sa politique. Détaillée, contre son style de gouvernance. Dès la page 14, François Léotard commence à « bouffer (son) bulletin de vote ». A cause de l’escapade à Malte, des visiteurs du soir milliardaires, de l’ouverture « aux nigauds », de la déferlante de luxe, des « engueulades » au gouvernement, de la rencontre avec Kadhafi… Sarkozy est décrit comme un inculte, n’ayant jamais lu Tocqueville, Montesquieu ou Benjamin Constant. « La séparation du pouvoir est pour lui une énigme ».

Page 43, il raille les bravades du président à Guilvinec, lorsque Sarkozy demande à un marin de « descendre » alors qu’il est entouré d’une cohorte de CRS, de gendarmes et de gardes du corps. Quelques lignes plus loin, c’est l’augmentation du salaire du président qui est décriée.

PLUIE DE CRITIQUES

Les images pleuvent. « C’est un gosse qui s’émerveille de la multitude de ses jouets. » Les critiques sur la politique du président sont sans appel :

-Le paquet fiscal ? « C’est exactement – en sens inverse – l’erreur que le nouveau pouvoir socialiste avait commise en 1981. Une bourde comme on en fait assez rarement en économie. »

-La préférence donnée par le président aux curés plutôt qu’aux instituteurs pour la transmission des valeurs ? Une horreur au sein de la République laïque.

-Le ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale ? Un « concept (…) flou, le plus chargé de fantasmes, de réécritures et d’impasses diverses. Aller dans ce sens, c’est ouvrir la voie à toutes les ‘’puretés nationales’’ dont on sait le mal qu’elles ont pu faire au siècle dernier », qui pousse à arrêter « parfois des enfants (…) en sommes-nous si fiers ? »

-Les tests ADN ? Un petit projet monstrueux relativement contenu par la sagesse du Sénat. « Quelle est l’image qui apparaît ? C’est celle de la xénophobie ».

Selon François Léotard, le pire est à venir. La hausse de la dette n’est pas solutionnée. Le déficit de la Sécu se creuse toujours. Le déficit du commerce extérieur aussi. Bref, ça va mal finir.

L’ECCLESIASTE

« Contrairement à tout ce que le monde raconte, il n’y a rien de nouveau à la Cour. Ce sont toujours les mêmes courtisans, la même servilité, les mêmes intrigues. Le peuple, lui, il voit de loin, mais il comprend tout… » Référence moins démagogique qu’évidente à l’Ecclésiaste. Message en substance : Sarko, en dehors du spectacle permanent, rien de nouveau sous le soleil, voire… imposture.

A la fin de son livre téméraire, Léotard rédige deux lettres. L’une s’adresse directement à Sarkozy. Extrait : « Je crois que tu as toujours eu peur des femmes. Tu veux les séduire, mais tu ne sais pas les commander. Juste un conseil : il ne faut jamais essayer. » L’autre au Général de Gaulle, entre nostalgie et inquiétude pour la France mais aussi devant les atteintes à la liberté qui se multiplient.

Chacun sait qui est François Léotard. Certains veulent l’oublier. D’autres préféreraient qu’il se fasse oublier. N’oublions pas de lire l’écrivain. Son pamphlet est passionnant et passionné.

Commentaires

1. Le mercredi, juillet 2 2008, 19:22 par Emmanuelle

Je découvre seulement aujourd'hui votre blog et j'ai lu vos articles avec beaucoup d'intérêt.

Le débat des idées est en effet difficile en France.
Comment parler librement, lutter contre les étiquettes, dénoncer le politiquement correct sans retomber dans un autre ?
Les intellectuels avancent, comme tout le monde, dans le brouillard.
Et, pour paraphraser Emmanuel Berl, je dirais qu'il est difficile de prendre des positions sans être sûr que ce ne soient ces positions qui vous prennent...

Une seule démarche possible : écouter attentivement l'autre, être honnête, intellectuellement, savoir se remettre en cause.
C'est celle que je tente d'adopter et qui me semble aussi être la vôtre.Cela paraît être également celle de François Léotard , même si le côté excessif propre au pamphlet , qui a le mérite de réveiller, comporte également le risque de la caricature.

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